Objet: vol de nuit
Date: Sun, 13 Dec 1998 18:14:43 +0100
De: "Germain DEVILLE" <gdeville@wanadoo.fr>
Répondre-A: <@wanadoo.fr>
A: <pilot@univ-lyon1.fr>
---Je suis pilote privé à l'aéroclub Robert Thiéry de Verdun (Meuse) et
j'ai eu la chance de faire un "vrai vol" en cabine avec les pilotes de
l'aéropostale.Je propose de découvrir ce voyage dans l'article qui suit et
qui sera édité dans le prochain journal du club.
VOL DE NUIT
A l'initiative de Jacques, notre bien-aimé président, l' ACRT s'est
investi dans le téléthon 1998 en reversant à cette fondation le montant des
vols-baptèmes effectués en septembre, octobre et novembre 98. Et, surprise,
Jacques a reçu fin novembre un courrier de Aviation sans frontières, relais
du téléthon au niveau des aéro-clubs, lui proposant une place dans l'avion
de l'aéropostale reliant Metz-Nancy-Lorraine à Roissy-Charles de Gaulle
dans la nuit du 4 au 5 décembre. Généreusement, Jacques a proposé cette
place au pilote ayant totalisé le plus d'heures de vol en 1998. J'ai donc
eu la chance et l'honneur de représenter l'ACRT au cours de cette nuit qui
fut mémorable.
Rendez-vous à MNL à 22 heures, ce vendredi 4 décembre. Je suis
accueilli
au comptoir TAT-Air Liberté où on me précise que l'avion venant de Mulhouse
a 30 minutes de retard à cause d'un dégivrage rendu nécessaire par la neige
et une température négative.
A 22 h 30, le vol ARP 5900 se pose au milieu d'une averse de neige. C'est
un Boeing 737-300. L'équipage m'accueille cordialement dans la cabine de
pilotage et pendant que je m'installe, il prépare la nav pour CDG, calcule
la quantité de kérosène à emporter (5,7 t), réceptionne le courrier (15 t).
Check-list et nous décollons à 23 heures. V1, V2, ça pousse fort (par
rapport au Rallye), VR à 140 kt et on grimpe vers le niveau 240 à 250 kt, 3
000 ft/min. Pendant que nous traversons la couche, nouvelle check-list puis
modification de la nav, le contrôle nous dispensant de passer par MMD en
nous autorisant un REM direct. En palier à 24 000 ft, nous atteignons 338
kt et le pilote automatique s'occupe de tout, ce qui permet au pilote de me
présenter son appareil et de répondre aux nombreuses questions que je
m'empresse de lui poser. Mais la " pause " n'est pas très longue et déjà,
le contrôle nous autorise à descendre à 9 000 ft et à commencer l'approche
sur CDG. Nouvelle check-list, coup de chance, le ciel est clair sur Paris
et on découvre Roissy, un océan de lumière devant nous. J'en prends plein
les yeux.
Un MD 11 est en finale devant nous. Pour assurer un plus grand écartement
notre pilote se permet une approche en PTS et on se pose à 23 h 50, à 140
kt, en 27 sur la piste nord. Reverse, en 1 300 m, notre B 737 atteint sa
vitesse de roulage et nous traversons tout Roissy, le terminal Aéropostale
se trouvant tout au sud. Quelle animation ! quel spectacle ! Je suis
accueilli, filmé, photographié (comme une star) par l'équipe de Aviation
sans frontières qui a organisé une petite réception dans les locaux
d'Aéropostale.
Successivement les 20 avions (B 737 et B 727) apportant du courrier de
toutes les régions de France se posent, chacun amenant un pilote
d'aéro-club ayant participé au téléthon. Claude PENOT, président de la FNA
et Patrick FOURTICQ, pilote du Catalina qui a relié Toulouse à Santiago du
Chili nous rejoignent et les conversations vont bon train pendant que les
avions sont déchargés, le courrier trié puis les avions rechargés du
courrier de province (bravo la Poste).
A 2 heures, chacun reprend " son " avion. L'équipage du retour n'est pas le
même qu'à l'aller mais tout aussi sympathique. Nouvelles check-lists et on
décolle pour MNL avec 14 tonnes de courrier et une inquiétude pour
l'atterrissage, la météo annonçant des chutes de neige. Le commandant de
bord prépare un atterrissage en catégorie III et propose une prise de
décision à 50 ft sol. Nouvelle check-list prévoyant une remise de gaz avec
un passage sur le VOR de Grostenquin, nouvel essai et éventuellement
déroutement sur Mulhouse ( l'équipage récite à haute voix et à tour de rôle
les actions qu'ils auront à effectuer).
L'approche se fait dans les nuages, à 160 kt, phares allumés,
impressionnant ! Le copi annonce l'altitude : 2 500 ft, 2 000 ft, 1 500
ft, 1 000 ft (concentration maximum du pilote les yeux rivés sur l'écran
vidéo), 900 ft, 800 ft … 600 ft et à 500 ft, coup de chance, on sort de la
couche parfaitement dans l'axe de la piste. Du travail de Pro !
A 3 heures, le B 737 s'immobilise sur le parking et pendant que la Poste
récupère le courrier pour la Lorraine, l'équipage prépare la nav pour
Mulhouse, calcule la masse de carburant à emporter, etc.…, la routine pour
eux.
Je les quitte avec regret.
Au cours de cette nuit, j'ai pu découvrir des pilotes surentraînés (parmi
les meilleurs d'Air-France), pratiquant un travail d'équipe nécessitant une
confiance absolue et un respect mutuel, bref de grands Professionnels.
Germain DEVILLE, petit pilote de DR400
Germain Deville
gdeville@wanadoo.fr
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