Objet: => Vol de nuit hivernal
Date: Thu, 30 Dec 1999 12:55:44 +0100
De: "Eric BERTREM" <f5pje@free.fr>
A: "pilot@cismrelais.univ-lyon1.fr" <pilot@cismrelais.univ-lyon1.fr>
Bonjour,
pour employer une expression à la mode, hier soir j'ai pris mon pied
!!!
RV était pris le soir avec un ami pour faire un tour de St Nazaire de
nuit. Coup de fil au club : pas de problème, tous les avions sont
libres, à croire que le VDN n'intéresse vraiment personne dans le coin
:-)
Nous arrivons au club à 18h. Edouard, notre mécano, est encore au
boulot, en train de remplir des papiers. Il m'annonce qu'il a travaillé
sur le C172 mais que, comble du bizarre, un seul des deux phares
fonctionne. Je suis prudent, lâché de nuit depuis trop peu de temps, je
préfère la solution de facilité et de sécurité : ce sera un vol avec le
DR-400 F-GLVG. Non sans irronie, Edouard m'apostrophe :
"eh, tu décolles en pente max, interdiction de faire des étincelles à
la sortie du Brivet (une rivière), y'a plein de pétrole. Gaffe aussi à
La Baule " :-)))
C'est hélas vrai
Nous filons au hangar. Il fait un froid de canard. Christophe, mon
instructeur, prévenu hier soir, m'a recommandé de faire attention au
givrage. Les derniers TAF de Nantes et St Nazaire me l'ont déjà
confirmés...
La porte du hangar est rapidement refermée pour conserver un brin de
chaleur, si on peut parler de chaleur :-) Prévol, purges, huile (tient
le moteur est chaud, super !), et l'avion est poussé vers la pompe pour
faire le plein, prudence oblige.
J'installe mon passager, lui règle sa ceinture, lui explique comment
cela va se dérouler, et c'est parti. Moteur en route, 3 coups de PTT et
hop, la longue piste de LFRZ s'illumine. On roule au point d'arrêt et
nous remontons la 26, une fois tous les essais terminés.
110 km/h, je tire doucement sur le manche pour arracher la "boîte à
hélice" de la piste. Il monte bien, régulièrement. Coup d'oeil sur tous
les cadrans : tout est ok, on poursuit. Volets rentrés, pompe arrêtée,
je vire pour un tour de piste 26 main gauche, voulant avant tout tester
mon atterrissage de nuit. Ce sera un kiss, mais je me pose toujours
trop long, un défaut du au repères visuels faussés. On repart, cette
fois-ci, direction la Brière, on grimpe à 2000 ft, toujours plus proche
de la voute étoilée, magnifique ce soir. Les étoiles apparaissent les
unes après les autres, le spectacle est splendide.
De nuit, j'aperçois St Joachim (pronnoncez comme les locaux : JOACHIN
et non pas joaKim... ne cherchez pas à comprendre :-)) ), une longue
goutte de lumière, entourée de petits îlots lumineux (les îles
voisinnes). Au fond, c'est le Morbihan, Vannes et son célèbre
bombardier GAGO, ses nav en semi-IMC (salut les participants à Breizh
99 !!), et le Golfe du Morbihan...
En bas, le spectacle est magnifique : une nappe de brouillard flotte au
dessus de l'eau, donnant un aspect irréel, presque inquiétant, à la
scène. Une légende locale raconte que l'une des rares buttes en Brière
est toujours recouverte de brouillard, en fait les âmes de morts qui ne
se résignent pas à quitter un tel endroit. Gulps, il n'a pas intérêt à
me lâcher l'avion, je n'ai pas envie de me faire un encadrement là
dessus :-))
Je vire doucement en direction de St Nazaire, pour venir couper les
axes de la 08 et ainsi faire profiter à mon passager d'une vue
imprenable sur les Chantiers de l'Atlantique, illuminés des milles feux
des ouvriers sans cesse à la tâche, sur le pont de St Nazaire (on
distingue les feux clignotants d'un convoi de police) tout éclairé.
Nous arrivons en sud-Loire, au dessus de St Brévin. Virage à droite
pour un survol côtier de St Nazaire. A droite, la ville, ses avenues
bien droites, tracées au cordeau après la dernière guerre par des
Américains venus prêter main forte à la reconstruction. Au fond, les
lumières de La Baule, inaccessible sans qualif de nuit car au delà de 6
NM de LFRZ. Derrière moi, la piste est encore éclairée, ouf :-) Je
coupe le phare de l'avion, diminue les lumières du cockpit : le ciel
étoilé est encore plus beau, on ne s'en lasse pas. Virage à gauche pour
revenir au terrain : l'angoisse, je n'ai plus aucun repère visuel,
l'avion maintenant est face au noir de l'Océan. Comme on me l'a appris
en instruction, je regarde mes cadrans et je vire doucement, très
doucement. L'avion reste en pallier, impeccable : je suis content
d'avoir réussi ce "test". C'est sans doute risible pour ceux qui volent
au dessus de grandes villes, toujours illuminées, mais ici, on a vite
fait de se retrouver dans le noir total, sans repères précis.
Réchauf carbu, pompe, j'entamme ma descente vers 1000 ft. Les feux de
l'avion sont allumés. Nous passons une dernière fois vers les Chantiers
de l'Atlantique, survolons le pont. La vent arrière est expédiée, je ne
ralentirai qu'en base cette fois-ci. 200 ft/mn de descente, dernier
virage
"F-VG en finale 26 pour un complet"
Et hop, voilà le vent qui se lève ! :-( L'appareil n'est plus dans
l'axe, je corrige, tout va bien. Mon passager n'a rien vu. En courte,
je remarque deux voitures qui freinent et s'arrêtent : pas si courant
que ça de voir un avion, tous phares allumés,  se poser de nuit :-)
Quelque part, cela m'amuse, je me dis que j'ai du bol de pouvoir voler
ainsi, de découvrir une région sous un autre angle.
Nous roulons rapidement au hangar puis direction le club pour se
commander une bonne p'tite pizza : on l'a bien mérité ! La prochaine
fois, je penserai à recharger le camescope pour pouvoir digitaliser
quelques vues nocturnes...
Et puis n'oublions pas le vol de nuit du 31 Décembre : je serai
logiquement en l'air vers 23h45. Un contact est prévu à minuit avec
Vannes sur une fréquence simplex... Ca tente quelqu'un de venir nous
rejoindre en l'air ? A 2000 ft, on doit sans aucun doute entendre
Nantes, Cholet, Yeu, Belle Ile, Quiberon, Rennes. Avis aux amateurs...
kenavo,,
Eric BERTREM / LFRZ (St Nazaire / Marée noire)
TOTAL, FINA, qui payera ? :-(

mise a jour JPP le  31/01/2002          pour tout commentaires  e-mail: le grand DUC