Objet: Vol de nuit à LFRZ (long)
Date: Tue, 02 Nov 1999 21:38:12 +0100
De: "Eric BERTREM" <f5pje@free.fr>
A: "pilot@cismrelais.univ-lyon1.fr" <pilot@cismrelais.univ-lyon1.fr>
Samedi dernier, RV était pris pour un vol de nuit en petit comité à St
Nazaire.
La télécommande avait été activée du matin (merci Bruno, l'un de nos
contrôleurs) et vérifiée dans la soirée par l'un des instructeurs.
Après un rapide repas, direction l'aéroclub. Ce vol de nuit sera le
tout premier pour notre F-VG, notre tout nouveau DR400 2+2, équipé VFR
nuit contrairement à son prédécesseur, toujours en activité, le F-KX.
Pour une fois, nous ne sortirons pas le C172, il va falloir caser trois
adultes dans la "boîte à hélice" :-)
Le hangar ouvert, on fait une prévol soigneuse. On prépare trois
casques car le nouvel appareil dispose d'un intercom (pas terrible,
mais il existe c'est déjà bien), puis on sort l'engin sur le parking.
Je prends les commandes en premier, Alexandre, dont ce sera le tout
premier VDN, attend son tour assis à l'arrière. Chirstophe m'aide à me
refamiliariser avec les Robins : ne pas oublier la pompe et les volets
au décollage, des procédures inutiles sur mon C172 adoré.
Le moteur démarre : il semble silencieux comparé à celui de l'ancien
DR400, un régal ! On branche l'intercom, on tente de le régler mais en
vain : Monsieur Larsen nous embête chaque fois que l'instructeur passe
en émission. Tant pis, j'assurerai la radio.
Trois coups d'émission et Monsieur STAP se réveille et allume le
terrain  :
"Aérodrome de St Nazaire Montoir", direction du vent (270 °), force
maximale (18 kts... gulps !), etc.
Bon, ça ne va pas être calme là haut, mais après tout on est là pour se
faire les dents alors allons-y !
On allume le phare de roulage, on vérifie le phare d'atterrissage et on
parle dans le micro :
"F-VG, DR400 au parking hangars, je roule au point d'arrêt pour des
tours de pistes"
Tout répond bien, le palonnier gauche me semble un brin raide mais je
m'en sors avec un petit peu d'habitude.
"F-VG prêt au point d'arrêt, je pénètre, remonte et m'aligne en 26."
Personne à droite, personne à gauche ? On remonte la piste toute
illuminée. Derrière moi, le Pont de St Nazaire, étincellant, splendide.
Devant moi, la raffinerie de Donges, une véritable cathédrale de
lumière. Je prends mon temps pour remonter, ne voulant pas perturber le
sommeil des habitations voisines : autant profiter des 2400 m de piste
et essayer d'être le plus haut possible en survolant les premières
maisons...
"F-VG alligné 26, je décolle"
Et vlan, j'ai oublié les volets et la pompe ! Pieds sur les freins, et
on recommence :-)))
Le deuxième essai sera le bon, le DR400 s'envole dans la nuit. J'ai du
mal à le contrôler, le vent m'envoi ses rafales, on se laisserait
facilement dériver sur la gauche. Le port maritime est en pleine
activité, j'aperçois des véhicules qui chargent des containers. Les
Chantiers de l'Atlantique sont eux aussi restés éveillés, on peut
admirer le dernier paquebot en construction, voir les arcs bleutés de
quelques postes de soudure, admirer l'éclairage temporaire du bâtiment
: St Nazaire, ville industrielle, personne ne dira le contraire !
300 ft, je coupe la pompe, 400 ft je rentre les volets. F-VG continue
de grimper. On vire à gauche en direction du pont. J'observe les
voitures qui passent là bas en dessous, petites lumières mobiles.
Devant moi il fait noir. Au loin, les phares côtiers balancent leurs
éclats pour se signaler aux navires en approche de l'Estuaire de la
Loire.
Allez, on ne rêve plus :
"F-VG en vent arrière 26 main gauche"
Réchauffage carbu, réduction des gaz, volets, puis remise des gaz pour
tenir en l'air. Je me fais encore avoir par le vent qui me pousse plein
sud, légère correction pour compenser.
"F-VG en base 26 main gauche"
Il est temps de descendre. J'observe la piste pour juger de mon plan,
pas trop mal à première vue, ce que confirme Christophe, mon
instructeur.
Aie, pas de glide sur l'ILS de l'appareil, tant pis, c'était sympa de
nuit avec le C172.
"F-VG en finale 26 pour un toucher"
J'allume le phare et me fais copieusement éblouir !! Ils auraient du
les placer sur le côté droit de l'appareil... :-(
La piste approche rapidement. Trop bas, assiette... on récupère le plan
et on continue de descendre. Une voiture passe juste dessous et freine
: le conducteur n'a sans doute jamais vu un avion atterrir de nuit, il
doit en pendre plein les yeux le veinard :-)
Ouf, on a posé les roues, je me sens mieux. On repart pour un tour...
plus particulier celui-ci : en finale, 50 m avant de toucher,
extinction de la piste. Vite, réflexe classique à l'intention de mon
instructeur :
"Je remets les gaz et on repart pour un tour !"
"Non, on va s'entrainer : tu avais un axe parfait, on poursuit ainsi.
!"
"Euh.... bon, si tu le dis..."
Allez, on allume tous les phares essayer de mieux voir. Je distingue le
26 écrit sur le bout de la piste, puis vois l'axe de piste. On a
stabilisé la descente à 200 ft/mn et on mange un maximum de piste...
puis l'appareil se pose.
"Les trains sont prévus pour se poser à 600 ft/mn, avec 200 ft/mn on
est largement bons", dixit Christophe.
"Et puis ce genre de problème peut arriver un jour, autant y être
préparé avant..."
Il n'a pas tort, toujours est-il que tout seul je serais reparti dans
les airs !
Nous finirons par un tour au sud de la baie de La Baule. J'admire en
passant St Nazaire dont les nouveaux quartiers, reconstruits après la
guerre par des buveurs de Coca n'ayant aucune notion d'architecture
donnent l'impression d'avoi traversé l'Atlantique : rues droites, patés
de maisons tous identiques, bref, de l'uniformité partout. Le vieux St
Nazaire se reconnait facilement : rues étroites, maisons dispersées.
Alexandre prendra alors les commandes : c'est son premier vol de nuit,
il semble ravi. Un tour de piste et puis nous rentrons. J'ai pu me
rincer les yeux depuis la place arrière du DR400, pire qu'un gamin
découvrant un nouveau jouet : c'est beau, c'est calme, c'est noir, et
je commence à aimer ça !
Le lâcher devrait arriver d'ici la prochaine leçon si j'en crois
Christophe... Je croise les doigts et je révise les procédures. J'ai
déjà une idée de qui va venir avec moi pour ce premier vol, un gamin de
5 ans qui n'a sans doute pas oublié son baptême voici quelques mois,
j'avais eu l'occasion d'en parler sur la liste.
kenavo,
Eric BERTREM / LFRZ
Parfois Colibri de nuit...

mise a jour JPP le  31/01/2002          pour tout commentaires  e-mail: le grand DUC