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Ce 7 mai 2003, je l'attendais déjà depuis des mois avec impatience, parfois (et même souvent !) avec un peu de découragement ("je n'y arriverai jamais de toute façon !") mais depuis quelques semaines je commençais à réaliser que mon rêve inespéré depuis des années allait peut-être aboutir ! Au mois de mai 1999, alors que j'avais 12 ans, je rentrais pour la première fois dans un cockpit, et lors de cette visite d'un quart d'heure, le simple fait de pouvoir tenir le manche de l'avion resté au sol me fit rêver pendant des nuits du jour où je pourrais voler de mes propres ailes. Jour qui me paraissait très lointain, trop lointain. Et pourtant ce jour est venu seulement trois ans après, et je dois dire que je ne l'ai pas vu arriver. Même une fois les premiers cours commencés, ce mystérieux lâcher me semblait toujours aussi lointain !

Mais hier, j'ai enfin eu ces 15 ans tant attendus, et je ne pensais pas être arrivé si près du but. Mais si, pourtant j'ai eu ce merveilleux cadeau. Et je n'osais toujours pas croire en ce cadeau quand mon instructeur ressaisit les commandes au bout de trois tours de piste "c'est pour un complet finalement Sierra Victor" et retour silencieux au parking, toujours dans le doute de ce qui allait m'arriver. Et c'est seulement une fois le moteur éteint, les ceintures desserrées, que je ne peux plus douter que ça y était, c'était pour aujourd'hui. "On est quel jour aujourd'hui ?" "Euh, le 7 mai" "Et qu'est-ce qu'il y a le 7 mai ?" "Euuuh...." "Bon, passe moi ton carnet de vol, tu retournes m'en faire deux tout seul" Et voilà, c'est le début d'une grande émotion, d'avoir un grand trou à la place de ce qui était si rassurant quelques minutes avant (et quand il y a de la place dans un Cessna 152 c'est difficile d'essayer de ne pas le remarquer !!).

"Sierra Victor, autorisé décollage 04 vent du blabla à blabla" Et..gloups.."Je décolle Sierra Victor". Maintenant il faut y aller, en espérant de ne rien avoir oublié. Ah si, c'est mieux avec les volets. (je sais pas comment je fais je saute toujours cette ligne dans la check !) 60 noeuds, rotation, ça y est je suis en l'air, c'est trop tard pour reculer et il va falloir que je ramène le tout en bon état par terre. ("qu'est-ce que je suis venu faire là ?!") C'est vrai que ça monte plus vite, et les commandes sont plus sensibles. Je regarde en dessous, 1000 pieds de vide, à droite, encore du vide, et là le bonheur m'envahit pendant le répit de la vent arrière. Je n'ai rien crié, rien chanté, le souffle coupé et les yeux grands ouverts !

Il est temps de se réveiller, et de tourner en base. Là le stress recommence à prendre le dessus, mais tout va encore bien, mise en descente, le plan..euh..pas pire que d'habitude, finale (tiens, j'ai pas overshooté !!), j'essaie de ne pas oublier mon deuxième cran de volets. Ca se rapproche, c'est bon, j'ai peut-être encore une chance de m'en sortir vivant. Et...kiss ! disent les roues. Il doit vraiment y avoir un dieu pour les lâchers ! Bon, je l'ai ramené entier, mais il faut quand même repartir pour un nouveau tour. Volets 10°, pas de réchauffe carbu, puissance, et pas le temps de dire ouf qu'il est déjà à 60 kt, donc il faut tirer, et c'est reparti pour un nouveau tour aussi génial que le premier. Toucher, pas trop mal, et retour au parking. Je peux enfin m'essuyer le front plein de sueur, et j'arrive pas encore à réaliser ce qui vient de m'arriver !

"Alors tu vois c'est mieux sans instructeur hein !" "Euh..oui !!" "Ah il répond oui, tu vas voir !!" Voilà, donc 15 ans après avoir fait mon premier contact du monde extérieur, j'ai pu piloter un avion, tout seul, et remplir mon carnet de vol dans la colonne CdB. Il y a cinq ans, je ne l'aurais jamais imaginé, il y a trois jours, idem, et aujourd'hui, je commence juste à réaliser que je n'ai pas rêvé et que tout cela est bien réel.

Ghislain


6h00 du matin. Il fait nuit et presque peu froid dans Tananarive déserte. Je vois s'approcher les phares de la 404 de Jean-Pierre. Il s'arrête à ma hauteur. Claquement de portière et en route pour l'aérodrome d'Ivato.

JP me passe le "Courrier de Madagascar". Le président Kennedy est mort. Il a été tué à coups de fusil dans sa voiture lors d'une visite officielle à Dallas. La nouvelle a dû tomber au moment du bouclage. Il n'y a pas grand chose de plus dans l'article que dans le titre qui barre les trois-quarts de la une.

Sortie de la ville. La voiture roule entre les rizières puis attaque quelques collines. Les 12 km sont rapidement avalés et nous voilà arrêté contre le hangar de l'aéroclub, au bout de la 11-29 .

Le DHC Chipmunk F-OAOH est sorti et attend sagement, sur ses longues jambes de train chromées, les roues dans les cales. Visite prévol, brassage de l'hélice et je m'installe en place avant. Comme l'attestent quelques trous de diamètre 80 sur la planche de bord, Oscar Hotel a déjà une longue vie derrière lui. Il a vaillamment servi dans la RAF, puis dans l'armée de l'air sud-africaine, avant de finir ici, martyrisé par les élèves pilotes privés. Il subsiste cependant l'essentiel, à savoir un badin, un alti, un vario, une bille et un compte-tour, des jauges à flotteurs directement sur l'extrados et l'immense compas horizontal modèle RAF placé entre les jambes du pilote. J'annonce "Contact sur la 2 devant". JP passe une compression et le Gipsy Major s'ébroue sans faire d'histoire. La batterie a rendu l'âme il y a quelques mois déjà et il n'y en pas d'autre disponible. En attendant, on se débrouille avec un contrôle militaire compréhensif qui joue savamment avec les signaux lumineux et le cas
échéant avec quelques fusées rouges, spécialement tirées à notre attention depuis le balcon de la tour.

"On roule", me dit JP. Un petit bout de taxiway et tout de suite le point d'arrêt derrière deux DC3 d'Air Madagascar qui commencent leur périple quotidien à travers la Grande Ile, on ne les reverra qu'en fin d'après-midi.

Les essais moteur, suivis d'une petite prière, extraite de "l'Evangile selon St Yan" pour recommander une fois encore Oscar Hôtel à la bienveillance du dieu de l'aviation. Feu vert. Alignement, manche au ventre et ouverture des gaz, doucement. C'est parti pour l'exercice imposé des tours de piste. Imposé certes, mais pas vraiment monotone. Ces foutus circuits, je crois bien que je n'ai toujours pas réussi à en faire 2 pareils, et à vrai dire je ne suis même pas certain de les réussir à tout les coups.
Toutefois, ce matin çà va à peu près, à part l'atterrissage qui reste toujours aléatoire. Comme un cheval qui refuse de rentre à l'écurie, Oscar Hotel me fait des misères dès qu'il arrive près du sol. Il se cabre, il bondit, il rebondit, il rue, enfin il invente à chaque fois une nouvelle dérobade qui me laisse désemparé et ridicule. C'est sa manière de me faire sentir que je suis un bien
piètre cavalier, indigne de le conduire. Je sens bien qu'il n'a pas du tout confiance en moi, et il doit bien se rendre compte que j'ai un peu peur de lui. C'est dire que notre couple ne tient que grâce à la main de fer d'un JP taciturne obligé de lâcher de temps en temps un péremptoire "à moi les commandes", lorsque nos disputes dégénèrent au-delà de ce que la bienséance
aéronautique considère comme convenable.

Le troisième tour se termine. Tiens, on rentre déjà au parking ! Arrêt sur le taxiway. JP est descendu sur l'aile et me crie dans l'oreille "Tu fais un tour, un seul, et tu ramènes l'avion au club". Il a verrouillé la verrière et il me regarde du bord du taxiway. Je suis tout seul maintenant, comme devant ma copie du bac, comme devant ma première copine. Je suis paralysé, mais le singe savant patiemment entraîné ces derniers mois a pris le contrôle. Le point d'arrêt, les essais moteur, l'ACHEVER, le feu vert, les gaz. Comme toujours, j'ai l'impression qu'il faut une éternité pour que le nez commence à s'abaisser et que je découvre le ruban de la 11. "Du pied à gauche putain, je te l'ai dit 100 fois !" Tiens JP est encore là ! La bande médiane revient au milieu du capot. 65 nœuds, les roues quittent le sol, palier, réduction à 2000 rpm, et c'est la montée.
 

Ca y est je vole, ou du moins Oscar Hotel vole avec moi tout seul dedans. Les volets rentrent et voilà les 600 pieds du tour de piste. Un virage à droite puis un deuxième. Les 600 pieds sont toujours là et les 80 noeuds de la croisière aussi. Ca me rassure un peu. C'est déjà l'heure de la réduction et de la sortie du premier cran. Coup d'œil en bas. Deux Dassault 315 Flamant sont en train de remonter le taxiway à une allure qui devrait leur permettre facilement de décoller ! Je sens l'adrénaline monter. Il faut que j'arrive avant eux, sinon ma belle mécanique va se gripper. Allez tant pis, en base tout de suite. Réduction des gaz, le deuxième cran est mis et la vitesse descend à soixante cinq nœuds.

Manifestement y quelque chose qui cloche dans le paysage. La réalité s'impose durement : je suis vachement trop haut et vachement trop près. Je ne pense pas une seconde que la piste est bien assez longue pour pardonner largement ma
maladresse. Je suis obsédé par une seule idée "je dois toucher trois points, travers du hangar du club", et c'est mal parti pour ça ! Trêve de tergiversations, il faut entrer dans le dernier virage maintenant. "Si t'es trop long, tu mets du pied à l'extérieur – jamais dedans – OK ?" JP est revenu à mon aide. La bille tombe à droite et mes fesses aussi. J'entends le chuintement des filets d'air contrariés par l'attaque oblique de la glissade. Le Chipmunk descend avec la grâce d'un piano à queue lâché par des
déménageurs, et voilà devant mes yeux éblouis quelque chose qui rappelle le plan. Un peu en dessous même, mais ça va le faire. Soixante nœuds, le seuil, le peigne, c'est le moment de vérité. Crispé sur le manche comme un terrassier sur sa pioche, je m'applique à cet impossible d'arrondi. Ca y est, on voit plus la piste et on est encore en l'air, c'est correct ! Une première secousse puis une deuxième. C'est pas vraiment un rebond, juste un effleurement, et tout de suite après le shimmy de la roulette de queue. Pas de doute, je suis posé. Ma jambe droite est prise de tremblements. Je roule au box comme si je transportais un chargement d'œufs frais. Dernière difficulté, le taxi pratiquement sous le B17 de l'IGN qui empiète sur l'entrée du parking club. C'est fait.
 

Je saute de l'avion et marche avec difficulté vers un attroupement au fond du hangar. Le tireur a été arrêté, mais il est déjà mort ! Jackie avait de la matière cérébrale sur l'épaule et son tailleur rose inondé du sang de son homme. C'est la mafia qui aurait fait le coup. Le nouveau Président s'appelle Lyndon Johnson. Je reste là les bras ballants. JP se tourne vers moi et me
dit "Hé ben tu vois, tu l'as fait !".

Jean-Marie Fritsch


La semaine dernière je vous parlais de mon baptême Jodel hé bien lundi 11 Août à 11h j'étais seule à bord du D113 F-PNUH!!!!!!!!!(je sais ça fait beaucoup de
points d'exclamation mais je suis toute fière ;-))

Et voilà.
La suite des aventures de la kinette en Jojo quand j'arriverai à faire de vent de travers sans mourir de trouille!!

A bientôt.
Coraline.


Midi moins dix. Contrairement à hier l'instructeur est déjà là, dans le hangar en train de réparer encore ce F-PINE qui ne veut jamais bouger !!! F-BSIT lui dort encore juste à coté, peu perturbé par le bruit des deux hommes. Je le réveille donc en douceur en le sortant du hangar tout doucement, trop doucement (ben oui quand y'a personne pour aider on fait comme on peut !) et je l'immobilise au parking au bout de 5 minutes. Prévol, etc... Tout va bien. Ha tiens, il n'y a pratiquement plus d'essence. Direction la pompe, toujours à pieds lorsque ce plouc de DR400 prend ma place à la pompe sous mon nez ... au moteur lui ! Heureusmeent je suis patient. Les pleins sont faits, ont est à bord et oups j'ai oublié le ticket à la pompe !

On ressort, récupère le ticket et cette fois c'est parti. PTU, PTE, panne moteur à 30 pieds sol après décollage, virage à 60° pour atterrir vent arrière sur la 17 herbe à 300 mètres à coté de la dure ... Tout se passe pour le mieux et là : "Allez tu me fais un complet sur la 35 maintenant". Un complet déjà, ça fait 25 minutes qu'on est partis ?!?! Bon on ne discute pas et on se retrouve au parking.

 "Je vais brancher la radio et t'appeler pour voir si tu me reçois, tu fais au moins un atterrissage et après c'est comme tu le sens". Ouh là j'ai peur de comprendre !!! Bon ben maintenant faut y aller ! Je repars en prenant soin de faire mon petit message radio dans le vide et là "1 2 1 2 Cédric tu me reçois ? -Je te reçois 5/5 Sylvain" et 10 secondes plus tard "1 2 1 2 Cédric tu me reçois ?   ???? Ben oui je viens de lui dire ? -Je te reçois 5/5 Sylvain ha oups désolé j'avais oublié d'appuyer sur le bouton de la radio" !! Et ben ça commence bien ce lâcher ! Mais ne nous déconcentrons pas ! Point d'arrêt, mon message est correct (enfin je crois !), aligné, message et décollage. Wouaw il monte le 150 quand il est vide ! Je n'ai pas entamé mon premier virage que je suis à 1400 pieds (oui il fallait éviter le village d'à coté de préférence). Je me retrouve à l'altitude du circuit (1600 ft) dans le premier virage. De uxième constatation, il est très facile à pencher à gauche mais pour le redresser faut y aller sur le manche !! De quoi se faire une crampe !! Vent arrière et là une énorme pompe m'envoie à 1900 fts avec le nez pointé vers le sol et quasi tout réduit ! Impossible de redescendre !! Arrivé en final, haut sur le plan, atterrissage avec 40° de volet et c'est reparti pour un tour ! Un deuxième circuit rectangulaire et on passe au PTU. Arrivent les PTU, tranquilles comme d'habitude... Zut faut que je redescende là ?? Allez un dernier rectangulaire avec un complet en kiss j'espère ! Mais non pas de kiss, que des "normaux".

Arrivé sur le parking, je vois mon père, qui sort du club-house, complètement vert !! Je descend un sourire immense au lèvre (on se fait opérer de la mâchoire pour moins que ça !!) et là les félicitations du club bondé aujourd'hui : mon instructeur et mon père !!! Ouf ça ne va pas trop coûter en champagne !! Et le mieux dans tout ça c'est que ça recommence demain !!

Cédric (LFLH)


Mercredi dernier, j'apprends avec quelque énervement que je ne pourrai pas voler avant quelques jours sur Kilo-Fox, quelques problèmes techniques le clouant au sol pour les jours suivants.

Damned, il ne me manquait que deux atterros solo pour passer le BB !
Et là, mon instructeur me dit 'Allez, en attendant, on va prendre le 112, on verra ce qu'on peut faire avec.'

Rendez-vous pris pour ce matin, 8 heures au terrain.
Wow, c'est que ça se taxie différemment, cet oiseau là. Les freins au talon, c'est... bizarre.

Mise en puissante, take-off run pas spécialement centrée (pas l'habitude, moi), 80 km/h (ah oui, là, c'est pas des  noeuds...), rotation, et ça lève.
Mais alors, ça lève pépére. Faut dire qu'à deux, on fait quand même plus de 160 kg.

"Bon, on va d'abord faire dix minutes de mania, deux-trois décrochages, et puis on fera des tours de pistes"

On dit ce qu'on fait, on fait ce qu'on dit. Avance rapide vers le premier atterro.

"Tu me prends 90 km/h en finale, et pas besoin de sortir les aérofreins, on a toute l'herbe devant."

90, donc. En courte. Réduction, et... ah mince, ça arrondit pas grand chose. On touche entre 60 et 70 avec un nez à peine cabré. Heureusement, l'herbe pardonne beaucoup de choses.

"Mouais. 90, c'était peut être pas assez pour nous deux. Tu me prendras au moins 100 au prochain."

Seuil 33, remise en puissance, décollage avec un axe beaucoup mieux tenu cette fois ci. Finalement, ça n'est pas si dur  que ca. On refait le tour, 90 en finale, on pose, et là, on pose bien !

"Allez, tu m'en refais un pour la route."

C'est reparti, même topo, et dix minutes plus tard, moteur réduit au seuil de piste, je me retrouve à verrouiller la verrière côté droit, avec l'instructeur un peu plus loin sur le taxiway.
Diable. C'est pas la première fois que je suis seul, mais je ne pensais pas que ça me referait la même impression qu'en avril, quand il m'avait lâché sur Kilo-Fox.

Pas de pompe à mettre. Pas de volets à sortir. Il aurait peut-être fallu couper la réchauffe carbu, mais bon. Il arrive que des fois on oublie certaines choses.
Gaz à fond, tenue d'axe, manche en av... ah ben en fait, on est déjà en l'air. Ca se voyait pas tant que ça, la différence de poids de l'instructeur, sur le DR221 !
Le tour de piste, on connaît par coeur, juste penser à dire Golf-Romeo et pas Kilo-Fox à la radio (pour ce que ça change, de toutes façons, à cette heure là, il n'y a personne sur la fréquence - je me demande même s'il ne fait pas exprès de ne me lâcher que quand l'aérodrome est désert... à confirmer)

Base et décélération - pas plus de 100, et il faut descendre. Finale à 90 (tout seul, je peux me permettre), courte, réduction, et magnifique trois points ! Elle est pas belle la vie ?
On remonte et on refait un tour pour la forme, et voilà, j'ai mes 20 atterrissages solos, je vais pouvoir le passer, ce brevet de base.

Bon, quelques réflexions métaphysiques sur le Jojo D112. C'est petit (à deux dedans, on est vraiment serré). C'est pas puissant. C'est pas facile. Mais qu'est-ce que c'est sympa à piloter ! Ca me rappelle la Corsa 4 vitesses de ma mère avec laquelle je m'amusais beaucoup plus que dans des voitures plus puissantes et confortables (tout en respectant les mesures
élémentaires de sécurité - je ne vais pas plus faire de tonneau en jojo que je ne m'amusais à faire de tête-a-queue en Corsa)!
Et en plus, au prix de l'heure de vol, ce serait dommage de s'en priver !!!
Je sens que je sais dans quel avion je vais le plus voler dès que le BB sera en poche !

Antoine, LFLE-LFLB, lâché Jojo.


...Le moteur vient de s'ébrouer. Je reste collée à mon siège comme à un amant qu'on ne voudrait pas quitter.
Je savoure cet instant... je viens à peine de réaliser que je viens de faire mes premiers tours de piste en solo.

Après une séance de 25 minutes, mon instructeur me quitte et me laisse prendre mon envol.
J'attendais ce moment avec bonheur.
Je suis très concentrée et je me surprends à parler à voix haute .

Et me voilà alignée sur la piste. C'est fou ce qu'on se sent plus léger d'un seul coup. Et arrive cet instant magique où l'on quitte la terre et on se prend à rêver de rester suspendu dans les airs à jamais...

Oui mais dommage les tours de piste sont trop rapides...)))
Base , vent arrière... me voilà en finale...
Là en bas une voix que je connais bien me dit que tout va bien. Jje me pose en douceur et je repars bien vite pour un deuxième tour , puis un troisième.

C'est difficile de raconter ce que l'on ressent.. .mais c'est un moment inoubliable.
Je tenais à le partager.

Merci à ceux qui m'ont invité à écrire ce mail.

Zoé ...aux anges.



Cannes Mandelieu, ce jour 11h30. La météo n'est pas fameuse et surtout ça risque fort de ne pas s'arranger.
Enfin, peu de vent, on y va quand même. La prévol  consciencieuse (comme d'hab) du PA28. On s'installe.
L'instructeur me dit très solennellement "Tu fais comme si t'étais tout seul et sauf urgence je ne dis et ne fais rien.." (moi, je préfère nettement quand y cause mais bon …)
Les checks , tout OK,  roule  pour un départ par la 35. Tiens marrant , l'ai jamais faite celle-là.
Les paramètres du tour de piste ne sont pas les mêmes, pas grave ça rentre vite. Deux petits tours où comme d'hab là encore je me fais dire la messe par l'instructeur. "C'est pas mal, mais ça reste trop brutal----ton plan --- ta vitesse ."
J'en profite pour me faire des nœuds avec ce /*@]€ de micro autour du manche . Deux "touch" honnêtes sans plus et là, la phrase qui tue ! "Tu me ramènes."  Cinq secondes pour que ça atteigne mes neurones atrophiés et là je me pense "Ouh ça sent pas bon ct'affaire !" . Ca rate pas : retour parking, il ouvre la porte en même temps qu'il prévient le contrôle que l'avion repart pour un lâcher ! Je ne sais pas si ça vous a fait la même chose, pendant quelques secondes on a le sentiment qu'il parle de quelqu'un d'autre . Ben non mon coco c'est toi ! Tu l'as voulu tu l'as eu ! En voiture Simone ! Juste un tour,
Je confirme que l'avion se met sur orbite bien plus facilement, trop  à mon premier avis.  En traversier, le contrôle qui me demande si j'ai le visuel sur l'hélico qui que etc. Obligé de répondre que je ne le vois pas cet animal. Première interrogation : que faire ? Je ne vais pas aller prendre une vent arrière en Italie quand même ! Bonne nouvelle , le contrôle m'envoie sur cette fichue vent arrière…ouf . Le reste se passe comme à l'instruction. Atterro correct, bien que le prof me dise après que lui a vu un presque trois points et qu'il n'aime pas ça pour ce taxi ... moi j'étais tout content quand même ! Je bafouille encore les quelques mots réglementaires pour quitter , et là  la cerise sur le gâteau, la contrôleuse qui me dit "Vous direz à votre instructrice (bizarrement au féminin) qu'elle vous a bien formé !"
Faut à tout prix que j'aille lui faire la bise un de ces quatre. Je suis persuadé qu'elle a du capter la moitié seulement de la bouillie que je lui ai servie !  Voilà, j'ai eu  20 ans pendant une demi-heure !

(Ce qui est étonnant, c'est que la sensation est aussi intense que la première fois, car je dois être honnète et rajouter qu'il s'agissait d'un pseudo lâcher, dans la mesure où j'avais été breveté il y a une trentaine d'années mais n'avais plus volé depuis. Quel temps perdu !
Quand c’est qu’on recommence ??

Jean-Michel
LFMD -Cannes Mandelieu



J’ai adhéré à l’aéroclub de Pontarlier dans le Doubs où mon mari pilotait déjà. Pourquoi ? Nous allions de temps en temps survoler notre belle région tous les deux. Et je me disais que ce serait peut-être bien que je sache poser un avion…Alors, l’ambiance du club aidant, j’ai fait le grand pas en novembre 2002. Il faut quand même que je vous dise que je ne suis plus toute jeune, j’ai 57 ans mais je pense qu’on a l’âge qui vous trotte dans la tête…Je fais toujours beaucoup de plongée sous-marine, alors pourquoi pas de l’avion !
Et les séances ont succédé aux séances : "Attention à ta vitesse de montée…Garde le cap ! …La louche !"  ( c’est la manette des gaz : mon instructeur est un ancien pilote de chasse !) . Que de fois ai-je entendu cela…et parfois aussi "Nom de Diou…" ( de préférence trois fois de suite !) : il faut bien admettre que mon instructeur, Jean-Louis, a aussi le droit de décompresser de temps en temps !
Et ma formation avançait : "Attention à ta vitesse de montée …Empêche cet avion de descendre !" Ah les arrondis ! Le cauchemar, au début. Le GROB 115 est un avion un peu fantasque ! Ben oui, Jean-Louis, j’voudrais bien, mais j’peux point !
"Ma vieille, me suis-je pensé parfois, qu’est-ce que tu es venue faire dans cette galère ?" Heureusement que je suis bavarde et que je n’ai pas gardé tout cela pour moi. Et de parler aux autres pilotes de mes soucis…Et de m’apercevoir qu’eux aussi étaient passés par là au moment de leur formation.
22 octobre. J’arrive comme d’habitude à l’aéroclub. Mon instructeur est déjà là, toujours très ponctuel. "On y va ?" Ciel gris, plafond haut, un peu de vent traversier (je déteste le vent traversier !).
- Premier tour de piste : Jean-Louis sifflote à côté de moi : c’est bon signe, c’est vrai que depuis quelques séances je ne lui fais pas trop d’oublis sur le circuit. L’atterrissage est moyen.
- Deuxième atterrissage : l’horreur ! "Du pied ! Du manche dans le vent !" me gazouille mon instructeur…Hum ! j’en viens parfois à avoir pitié de lui.
- Troisième atterrissage : encore moyen, me semble-t-il. Et c’est à ce moment-là que j’entends : "Freine, fais demi-tour !" Ca y est, je lui ai encore fait une bêtise, j’ai dû me poser trop long…désespoir, moral dans les chaussettes ! " Tu veux bien faire un tour toute seule, attention, il y aura 75 kg de mois dans l’avion."
Je suis tellement estomaquée que je lui réponds "Oui" sans trop réfléchir. Il descend ! J’aligne l’avion : il faut y aller ! Les gaz, la roulette soulagée, l’assiette à cabrer et nous voici en l’air, mon GROB chéri et moi. A ma droite, une imposante tache rouge : le siège sans mon ange gardien ! En fait, son absence ne m’a pas trop traumatisée car il faut que je vous explique que je ne suis pas très grande et que je pilote avec un coussin dans le dos et un autre sous mes fesses, ce qui fait que je suis décalée par rapport à mon instructeur, je ne le vois pas quand il est à côté de moi.
Vent arrière :j’ai la bonne altitude. Stabilisation, pompe, volets, réchauffage carbu et la radio à ne pas omettre : "N’oublie pas la radio, que je sache quand même où tu es !" m’a recommandé Jean-Louis, avant de me laisser seule avec la Bête ! Hét oui, ça doit être très stressant de lâcher un élève !
Etape de base : Zut, la pluie ! manquait plus que cela, mais peu importe. Finale… La piste devant moi. Je suis sur le bon plan. Je surveille la vitesse et mon alignement. L’arrondi et j’exécute un atterrissage tout en douceur ! Je remonte la piste. Taxiway…Piste dégagée et je dirige mon bel oiseau vers la pompe où m’attend Jean-Louis. J’ouvre la verrière et c’est à ce moment-là que mes jambes flageolent un peu. Je saute au cou de mon instructeur pour lui appliquer deux gros bisous sur les joues au risque de rendre jaloux mon mari qui vient d’arriver et qui a assisté à mon atterrissage…Lui aussi a droit à de gros bisous !
Je ne vous dis pas comment le champagne a coulé à flots. Maintenant, je continue ma formation. J’ai réussi l’écrit du BB.
Elle est pas belle, la vie, quand on est maître à bord ? Et ça, je le dois à mon instructeur et à tous les pilotes du club qui m’ont encouragée.

Chantal, aéroclub de Pontarlier-25

5 novembre 2003 : une date qui va rester gravée dans ma mémoire.

Cet après-midi là, j'ai rendez-vous à 14 heures avec mon instructeur. Vers midi, je quitte mon travail et prend la route de l'aéroclub. Je serai en avance mais qu'importe, j'aime bien traîner parmi les avions dans le hangar avant de voler.
Il fait beau, je chantonne au volant.
Arrivée au club, je croise Christophe (mon instructeur) qui part en leçon.
- Tu es déjà là ? Tu as vu il fait beau, on a de la chance. Quelle nav as-tu de prête ? Tu sors TAF et METAR, on est de retour dans 45 minutes…
Et puis juste avant de franchir la porte, il se retourne :
- Au fait, tu es à jour de ta visite médicale ?

TAF et METAR en main, je jette un coup d'œil sur les deux navs que je tiens prêtes…
Christophe est de retour.
- La visi n'est pas terrible… On va faire des tours de piste. Ton arrondi n'est pas parfait…
- C'est marrant quand même de puis le sol j'avais l'impression que la visi était plutôt bonne, moi…
A aucun moment je n'ai imaginé ce que mon instructeur préparait. J'ai presque 20 heures de vol et mon arrondi reste un gros souci, MON SOUCI. Je focalise tellement, Christophe a fait le choix de me faire travailler sur les navs.
- D'accord, les tours de piste, il faut que j'en bouffe, il faudra bien que j'y arrive un jour… Allons y donc !

Quatre tours de piste plutôt réussis… A l'atterrissage suivant, Christophe reprend les commandes et sort l'avion sur le taxiway.
- Tiens, il est déjà fatigué… J'ai fait une bêtise ???
- Moi, je descends, tu y vas seule maintenant OK ?
- Heu…
Je viens de recevoir une sorte de choc à l'estomac, j'ai l'impression que je ne sais plus rien, je suis dans du coton. Je peux toujours refuser, mais je vais m'en vouloir dans cinq minutes. Bon… D'une voix blanche, je réponds :
- OK
Christophe boucle la ceinture de son siège. Je l'entends me crier :
- Allez tu y vas et avec le sourire !
- Grrr
Ma check - radio - point fixe - radio - gaz à fond… C'est parti et miracle je n'ai plus peur !
Je m'adresse à mon Robin :
- Bah, mon vieux, il va bien falloir que l'on se pose tous les deux, maintenant…
Ca y est, j'ai quitté terre et je suis seule à bord ! C'est géant ! J'aperçois le terrain, le toit bleu de l'ACCM sur ma gauche… La lumière dépose un voile doré sur la campagne d'automne, c'est grandiose !
Vent arrière : radio, préparation machine puis base, finale et un atterrissage tout à fait respectable. Je crois que je n'avais encore jamais aussi bien piloté que ce coup là.
La piste est dégagée… Je viens de vivre mes dix premières minutes en tant que commandant de bord.

CHAMPAGNE !!!

PS. : Une mention spéciale pour le cerveau humain qui est capable d'annhiler en tentant ainsi de garantir la sauvegarde de l'humain. Vous savez quoi ? J'ai eu peur après le soir chez moi…
Marie Line
ACCM Persan Beaumont



C
a y est c'est enfin arrivé ! Je vais voler solo, je vais voler solo !
Je n'en reviens toujours pas moi même, j'ai attendu cela tellement longtemps!
Stefan est dans le remorqueur, Jacques (mon instructeur) me tien l'aile. Un petit peu tendu mais c'est par l'émotion et surtout la joie, pas par le stress.
Après 2 mètres de roulage j'oublie tout celà et oh déjà en l'air, mais je m'y attendais vu que je suis en solo. Je suis hyper concentré sur l'alignement des ailes du remorqueur sur l'horizon. L'air n'est plus que de l'huile, c'est facile, plus que d'habitude je m'étonne presque moi même. Mais ça y est je pilote! Heyy personne en place arrière du K21 pour me contrôler YAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUU...détonne
sur plusieurs secondes dans le cokpit, c'est le bonheur à l'état pur, ce moment est simplement merveilleux, le soleil baissant offre une magnifique coloration jaune tendant a peine encore vers le rougeoyant, ce moment je ne suis pas près de l'oublier, oh que non!
Je profite, un sourire proche du rictus de joie aux lèvres. 700m je largue, selon ce que m'a dit Jacques, tant pis pour le porte monnaie j'aurais bien larguer avant. Le silence.
Moment gracieux.Cet air si calme si doux: Stefan en piquant vers le seuil de piste annonce à la radio : "Y a plus une pompe!". Je ne voulais pas l'entendre, je sais alors, même si je ne veux pas l'admettre que je ne vais pas faire long feux.
Je me sens tellement bien que je ne voudrait pas que cet instant ait une fin.
J'explore le secteur nord du terrain au vent de la piste en de longues glissades au taux de chute mini, espèrant grappiller les dernières pompinette, mais non il n'y en a plus. Tant pis il me reste 400m je passe seuil de piste 25 dans le secteur est cap sud-est, j'aurais peut-être une chance de trouver un reste d'ascendance. Hélas Philou me demande de revenir au vent, "C'est pas très prudent de passer sous le vent pour un premier vol solo", mais ça je ne m'en rends pas compte des ailes m'ont poussé dans le dos, c'est la plus belle sensation qui ne me soit jamais arrivé. Il est temps de passer en vent arrière.
Je m'annonce, Maurice me dis de prendre la piste planeur, c'est la plus large une foule de précautions sont prises, non sans utilité il faut l'admettre, pour un lâcher solo. Je pose très correctement même si ce n'est pas encore un kiss, il ne me manque que quelques 10 à 30 mètres je ne sais plus pour atteindre le drain de passage entre les deux pistes et en face du taxiway qui mêne au hangard.
Je suis aux anges, j'exulte de joie intérieurement. Le plus beau jour de ma vie.
Il y a du monde sur le terrain, je me demande si je vais passer à la piscine maintenant ou plus tard. Rapidement je l'oublie. Les planeurs sont lavés, houssés, rangés, il ne reste que les portes à tirer, j'aide à la manoeuvre et passe derrière mettre les loquets entres les portes, il ne reste plus qu'une sortie, l'étroite porte au bout de la rangée de ports que je passe avec négligence tombant dans les bras de heu... un peu tout le monde en fait, ma montre se fait enlever, mes chaussures de même, et quelques secondes plus tard je suis dans la piscine, je suis heureux, encore et tout simplement. C'était le samedi 20 juillet 2002, je m'en souvien encore sans regarder mon carnet de vol, et ce 1 an 5 mois et 23 jours plus tard.
Volez! c'est merveilleux...

Etienne


Ce samedi soir là, je suis allé àun barbecue organisé par l'aéroclub, où j'ai retrouvé mes parents car mon père est lui aussi - et depuis peu - membre du club.
(Je lui avais offert un vol avec un instructeur pour son anniversaire 3 semaines auparavant, comme ça, pour voir, et ça lui a tellement plu qu'il s'est inscrit au club dans la minute suivant son retour au parking !)

Comme il faisait beau et encore jour, vers 20h je suis parti pour quelques petits tours de piste avec mon instructeur préféré pendant que les autres attaquaient deja les saucisses à la kronembourg.

Mes atterrissages n'étaient pas vraiment glorieux au debut, puis, après que l'instructeur m'ait rappelé tous les points trop facilement oubliés, j'ai réussi a poser le Jojo à peu près bien, 3 points, sans rebondir et sans tout casser.
Alors, l'air de rien, il a dit: "Bon Etienne on va faire un deal : tu me refais le même et tu repars tout seul !"

Gros coup de stress et finalement j'ai refait le même, alors l'instructeur est descendu de l'avion au bord de la piste et j'ai donc redécollé pour mon premier solo en avion.

Autour du barbeuc, ma mère a vu arriver l'instructeur, seul:
"Mais ou est donc Etienne ?"
"Il est en l'air, il est reparti tout seul !"
La, ma mère a commencé àpaniquer, elle a dit à l'instructeur qu'il n'aurait jamais dû me lâcher un jour où elle était là !

A mon retour, comme le veut la tradition, j'ai évidemment dû payer une tournee générale. Et comme on faisait une soirée, il y en avait du monde !
A mon avis, mon instructeur a choisi ce jour pour me lâcher car il avait envie de s'abreuver gratos pendant toute la soirée ;-) Mais j'étais bien content quand meme !!!

Comme mon lâcher en planeur il y a quelques annees, mon lâcher en avion est arrive beaucoup plus tôt que je ne l'attendais.
Dans les 2 cas je ne pensais pas être prêt pour voler seul, mais mon instructeur m'a a chaque fois prouvé le contraire de la meilleure manière qui soit : en m'envoyant là haut, avec un grand coup de pied dans le derrière !!! ;-)

Etienne
68


Le lâcher, c'est toujours un grand moment dans la vie d'un pilote, surtout le premier lâcher ...
J'ai longtemps hésité à raconter le mien (récent d'un mois), mais ce soir j'ai décidé de me lancer ...

C'était un bel après-midi (un dimanche) et le vol prévu commençait à peine à être routinier, c'est à dire tours de piste et mania en local, lorsque après 1 PTE, 2 TDP et 1 circuit court, mon instructeur me pose une question étrange lors de la finale : " tu te sens en forme aujourd'hui ?" La réponse ne se fait pas attendre et l'on rejoint immédiatement le parking. Soudain, tout bascule ... Un robin pour moi tout seul... Mais le lâcher, c'est aussi une remise en question de soi même "Vais-je être à a hauteur ?"

Mais pas le temps non plus de rêvasser une heure, le moulin tourne et il faut que j'y aille, donc demande de roulage à la contrôleuse et je file point d'attente 16. Après la check avant décollage, demande de départ à cette même dame "F-GE alignez vous, autorisé décollage piste 16, vent sud 10kts, rappelez vent arrière". Un petit coup d'oeil aux environs... et surprise, un TB9 en courte finale sur MA piste !!! Pour une première ça commence bien ! Se prendre un zing dans la figure au premier tour de piste, non merci... La contrôleuse corrige de suite son erreur et je suis enfin aligné. Avant de quitter le plancher des vaches, le stress est omniprésent, mais je me rassure "il ne t'aurait pas envoyé si il ne t'en pensais pas capable, et puis tu l'as fait tellement de fois..." et c'est parti, gazs a fond, 2300 trs ok pression et température ok pas de voyant / badin actif / 100 km/h rotation , montée initiale (ça monte comme un chasseur dès que l'instructeur est largué), puis vent traversier, enfin vent arrière, avion préparé, on peut profiter et admirer le Mont Blanc et les Alpes, fabuleux spectacle auquel on a droit dès que dame météo est de bonne humeur. Le beau ciel bleu, les champs à perte de vue et les maison vues du haut (et il y en a des maisons, à Lyon...), autant d'éléments que l'on redécouvre sous un aspect différent, qui font le charme du vol en avion, et qui rendent la branche vent arrière trop court, et oui il faut tourner en base, puis en finale, bien dans le plan (trop facile avec le papi!), puis un kiss comme on n'en fait pas avec l'instructeur à bord.
Finalement, tout s'est bien passé et j'en ai même profité ! Wonderfull, j'aurais pu chanter mais c'est trop tard, le dur retour à la réalité est bien là ! J'ai fait le plein de bonheur pour la semaine, et rentre chez moi en IMC.

Voila tout , j'ajoute que j'ai été lâché encore 3 fois depuis, mais ce n'est pas comparable avec LE LACHER, le tout premier, celui qui vous fait monter l'arénaline et le plaisir en flèche.

Bons vols à tous


Guy-William (LFLY)
15 ans, classe de 2nde en formation brevet de base à Bron.


Mon premier lâcher restera un fard sans nom.
C'était en planeur, à Sion (Valais, LSGS), il y a vingt ans.
Je m'étais concentré pour ne pas appuyer sur le micro avant d'entonner des vocalises à tue-tête. J'avais, peut-être bien plus que maintenant, faut dire, une idée assez "coincée" de la dignité.
Je survolais les vignes de Montorge, près de Sion, en vire-voltant comme un papillon juste sorti de la crysalide. Je me sentais libre et surtout seul au monde, isolé dans ma bulle de plexi, de carbone et d'air pur, assez haut pour ne déranger que les quelques oiseaux hilares (des mouettes rieuses égarées ?) qui me côtoyaient.
A mon atterrissage, une heure plus tard, trente personnes m'accueillaient complètement écroulées : le club de vol à voile avait organisé ce jour-là un pique-nique de midi impromptu à... Montorge, et TOUT LE MONDE m'a entendu hurler à l'hystérie dans le planeur. Certains avaient même fait l'analyse détaillée des chansons que j'avais ahanées, tant on les avait entendues parfaitement.
Le plus joli sarcasme que je me sois pris, ce jour-là, aura été:
"On peut pas vraiment dire que tu connaisses la joie intérieure, toi..."
Je n'ai apprécié cet humour que des années plus tard.

Greg


Hello et tout d'abord bravo :o))
Ca me rappelle le mien... Il y a maintenant 3 ans 1/2 !!
J'était pas très fier de ma scéance, le premier tour de piste s'étant fait un peu n'importe comment, préparation du Cessna 150 en base... oups !
Mais après, j'ai eu le droit aux questions "ça va, tu n'es pas fatigué? Pas faim? Pas soif?" et à la réponse : "bon, alors tu repars pour deux tours de piste solo...- Euh, tu peut répéter ? - Oui, tu repars en solo - Ah..."
Je laisse Enrico au parking, puis je redemande le roulage. Point d'arrêt, essais moteurs, check avant décollage puis je m'arrête deux petites secondes et là je me dis : "Bon Nico, là, Enrico n'est plus là, alors pas de conneries !!". Puis j'ai l'autorisation d'alignement et de décollage, je décolle c'est magnifique, arrivée en finale, "F-XX remettez les gaz entre les deux axes"... Ah bah zut, je me suis fait avoir ! Bon, c'est reparti, donc au total lors du premier solo, une remise des gaz, un touché, un complet, et surtout, un pilote heureux... heureusement que ma mère était assise quand je l'ai appelée après ;o))
Nico


Aujourd'hui j'ai eu droit à un lâcher surprise, pourquoi surprise ? Vous allez comprendre ...

Comme d'habitude, je pars du boulot vers 12h30 direction l'aéroclub d'Air France Nord (LFPP) du Plessis-Belleville, arrivé à 13h15, après avoir ingurgité un sandwich, me voilà déjà en train de faire la prévol du C152 F-GDDB par un temps qui commence à se couvrir, alors qu'il était CAVOK lorsque j'ai quitté le boulot.
Pas grave, le plafond doit être à 5000ft, vent du 270 à 10kt, les conditions sont quand même très bonnes (comparé à ce que j'ai eu à ma deuxième heure de vol)..
Pour la première fois, le circuit tourne en 25 aujourd'hui, je découvre donc les points de repère pour le tour inversé par rapport à la 07 ou j'avais l'habitude de tourner.

On démarre, premier circuit pour se chauffer les muscles, après le premier toucher, hop, on se fait un ptit basse hauteur. En finale, mon cher instructeur ;) me dit "remise de gaz !! C'est parti, assiette puissance réchauffe volets, axe de piste."
Sur ce, re circuit basse hauteur ... base, puis finale, le plan est bon, et hop, "presque" un kiss
Tout de suite les bonnes habitudes, axe réchauffe volets puissance max et c'est reparti pour un tour. A 500ft QNH, panne moteur (simulé évidemment, toujours par mon GI (Gentil Instructeur) ;) ) assiette à piqué, on va chercher 65kt, volets dès que possible et on se cherche un champ (ici yen a partout autour, pas dur). On perd 200kt et on remet les gaz pour se réintégrer en vent arrière.

Là je commence à avoir des questions bizarres, mais curieusement, qui n'éveilleront pas du tout mon attention : "T'as ta license sur toi, ta visite médicale ?" Moi : "Oui, toujours à l'arrière".
Et on continue le tour de piste, au toucher Môsieur reprend la radio (d'habitude c'est moi qui fait :diable: ;-) ) : "Le Plessis de Fox Delta Bravo ca sera pour un complet". Et là, la question qui tue : "Bon, t'es en forme ?" Moi, toujours en croyant que c'était pacque j'avais fait une bonne séance, je réponds oui.
"Bon ba tu vas repartir tout seul, pour un ptit tour de piste solo, tu peux me déposer devant le parking."

Gloups, déjà ? j'ai pas beaucoup d'heures quand même ... Bon, soit, faire confiance à l'instructeur :-)
Je le dépose et hop, c'est parti : "Le plessis de Fox Delta Bravo je roule au point d'arrêt 25 dur."
Mon cher GI (Gentil instructeur, vous vous rappelez ? ;-) ) me lance un "Fox Delta Bravo essai radio", heu ... j'dis quoi là ? aller "Fox delta bravo essai radio ok".
En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire (enfin au moins à la tour quand même :D ) je suis en l'air, et tout seul, une chose est sur, ca monte plus vite tout seul un 152

Bizarrement, je suis pas stressé du tout, j'ai même pris le temps de regarder le paysage avant le début de vent arrière, c'est que je commence à les connaitre mes check. Tout juste le temps de réaliser que je suis seul à bord, le vol touche à sa fin, avec un joli atterissage et un toucher très doux dans l'axe.
Me voilà en train de rouler pour le parking Air France et faire le reste des checks tout seul, sympathique sensation quand même :-)

Un lâcher classique me direz-vous, pas tout à fait, puisque j'avais 4h18 de vol depuis le tout premier, record de l'aéroclub battu à ce qu'il parait ;-))

Guillaume, plutôt content ;-)


29/07/03 H-1 heure :

Je démarre de chez moi, juste avant je jette un chtit coups d'oeil à la météo ... ça va impeccable ça va être une chouette aprèm, on va pouvoir faire la mania qu'on avait prévu ! Je pars l'esprit tranquille, une petite heure de route et j'arrive à Maubeuge avec un peu d'avance. Mon instructeur étant encore en vol avec un élève, je m'en vais boire un chtit café au bar. Et qui je vois là ? Mon premier instructeur !!! Quelle joie !!

Je m'explique : j'ai commencé à faire mes 10 premières heures avec un jeune instructeur (il s'appelle Vincent), mais malheureusement il a eu un accident de moto, donc j'ai eu le droit à un instructeur de remplacement. Je ne l'avais pas revu depuis son accident. Je vois que le moral est bon, mais qu'il est en chaise roulante.. Donc j'en déduis que ce n'est pas lui qui poursuivra ma formation.En discutant, il dit : "hé ho c'est quoi ça, ta pas 'cor fait ton lâcher ??? Pourtant tu étais plutôt bon ... c'est quoi ça ?"
Moi je ne savais pas quoi dire, vu que j'ai eu une période où je n'ai pas volé en attendant d'avoir un nouvel instructeur.

Il me dit : "attends 2 minutes." Il appelle l'instructeur en chef (qui est également le mécano du club, mais malheureusement ne donne presque plus cours). On fait les présentations... Il me dit : "viene on va faire un p'tit tour j'ai envi' de tester l'avion parce qu'il avait un petit problème de ralenti". Je réponds "oki no problemo"

Bizarre ... il me fait asseoir en place gauche .... Pourtant c'est lui qui voulait voler pour tester la machine... On va faire une ptit tdp basse hauteur qui me dit "oki oki"
Check-list, point d'arrêt. Tiens le C150 est en finale, j'attends qu'il se pose. C'est mon instructeur qui revient avec son élève, il est un peu surpris de me voir dans l'avion avec le mecano. On fait le tour de piste basse hauteur.
Puis le mécano me dit : "allez on rentre au parking, mais n'éteins pas le moteur." A ce moment là je me dis qu'il va sûrement faire des tests complémentaires au sol.

Arrivé au parking, il sort de l'avion, je vois Vincent arrivé en chaise roulante avec à la main une radio portative, puis le mécano lui parle puis il vient me dire : "vas m'faire un tour de piste, nous on prépare le champagne !"
Heuuu là pendant quelques secondes je reste figé ..... heuuuu onnn avait pas prévu ça aujourd'hui !!!! Surtout que ce n’est pas avec mon new instructeur !!! Bon allez maintenant plus le droit de reculer, on y va !
Je fais ma check-list... bizarre aujourd'hui j'oublie rien ;-)
Alignement ... "Fox Juliet Charlie, nous décollons heuuuuu JE décolle piste 23."

La vitesse de rotation arrive très vite, même pas ltemps de vérifier si les paramètres moteurs sont dans le vert .... régulation hélice 2400 tr/min...Vario positif, alti confirme .. ça monte ... trop fort par rapport à d'habitude .... bha voui je suis bête je suis tout seul .. Altitude de sécurité, volet rentré, pompe éteinte.

Je commence mon virage pour la vent traversier ... un ptit oeil sur le badin : "heiiinnnn pas possible déjà 1550 ft QNH merdeuuuh j'ai overshooté !"
D'habitude j'atteins cette altitude en début de vent arrière !!! Le DV20 que je pilote est très fin et très léger !

Réduction, arc blanc donc vitesse compatible, je sors un cran de volet. Ha oui ! aussi faut remettre la pompe ouffff!Je fais la radio : "Fox Juliet Charlie en vent arrière main gauche piste 23."

A ce moment là, j'explose de joie : JE suis TOUT SEUL !!!!! youuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuhouuuuuuuuuuuuuuuuuu (à prononcer façon Homer Simpson)
Puis je me souviens d'un conseil que mon instructeur m'avait donné : " quand ya pu rien à faire dans un avion, ya toujours quelque chose à faire " (ou un truc du genre enfin soit je savais que je ne devais pas me reposer sur mes lauriers ...)

Je check les paramètres moteur .... DHO ! J’ai oublié la réchauffe. L’étape de base arrive, je suis beaucoup trop haut, aie. Vite je sors full flaps, haaaa ça va mieux .... Arrondie ... bong bong bong .. mon atterrissage ressemblait à un ballon qui rebondissait, je suis pas très fier de moi. J'arrive au parking. Je ne réalise toujours pas ce que je viens de faire.

J’arrête l'avion, et la je vois Vincent arriver (toujours en chaise roulante) en train de chialler (ça fait drôle de voir un mec de plus ou moins mon age qui chiale de bonheur) alors du coup moi bha je me suis mis à chialer. Il me dit un grand "Merci" et signe mon carnet et là on reste bien 5 min à se serrer là main en pleurnichant...

J'étais son premier lâcher depuis qu'il est instructeur ! Mon lâcher était un peu l'aboutissement de toutes ces années d'études qu'il avait faites pour devenir FI.
Je n'oublierai jamais ce moment !!

Sur ce bah, tradition oblige, CHAMPAGNE !!!!!!!!!

Depuis j'ai repris les cours avec mon new instructeur et j'ai eu mon BB vendredi passé !

Hurbain Guillaume

LFQJ


Lors de mon lâcher (ça fait houuuuuuu !! trop longtemps), j'ai eu droit au classique : "Bon, alors maintenant tu y vas tout seul, fais gaffe ça monte plus vite,et ça descend plus doucement."
"Voui mademoiselle, ai-je répondu, sans oser la question qui brûle les lèvres: "vous êtes sûre?...."

Mademoiselle instructrice se débrelle donc de sa place avant du J3, descend sur l'herbe de la piste, s'éloigne un peu, et lève le pouce....c'est parti !
Classique : ça monte fort (même en J3), tour de piste comme à l'école, réduction comme d'hab (c'est là l'erreur), et en finale je me retrouve trop haut au seuil de piste (un bon 50m!) A cette belle époque, pas de radio nan !, et je me vois en train de regarder en bas mon instructrice au bord de la piste, et qui s'agite à grand renfort de moulinets de ses petits bras.( repars ! repars !...) J'avais raison, je suis trop haut (c'est vrai que ça veut plus descendre.... Alors, hé ben je remets les gaz et je repars pour un tour, avec quand même la petite voix qui me dit "et si tu arrives plus à redescendre comme il faut ?"
On s'applique, ce qui veut dire je réduis plus tôt, et cette fois je reviens sur le bon plancher des vaches (hé oui c'était une piste en herbe !) Ma coach remonte dans le J3 (le parking avion est à l'autre bout du terrain),avec seulement cette petite phrase "Je t'avais bien dit que ça descendait moins vite."

A cette époque je ne me souviens pas avoir fait de manoeuvre de remise de gaz en école, il est vrai que le J3 n'avait pas de volets et qu'il n'y avait qu'à repousser la réchauffe et reprendre une pente de montée en douceur

C'était par une belle matinée de juin 1960 sur l'aérodrome de Grenoble Jean Mermoz

Merci Monique

MCJ ex LFLG Le Versoud



Le précédent vol, mercredi 24 mars j'effectue 3 toucher sur la 29, et un complet basse altitude. Mon instructeur, Michel Messud, m'avait annoncé une semaine auparavant que je serai lâché pour mon anniversaire. Ce 24 mars je suis stressé, si bien que j'arrondis trop haut mes 4 atterrissages … Le 26 mars 2004 j'ai 15 ans, l'âge minimal légal, avec un certificat médical pour être lâché. Je laisse Michel prendre ce vol le dimanche 28 à 10h car le trafic est en général assez léger le matin, à part le Pilatus PC6 qui largue les parachutes.

Ce 28 mars, il est 9h45 quand on arrive avec mon père à l'aéroclub. Depuis 8h30, le ciel est encombré par une brume matinale déplaisante. Je suis le seul qui garde espoir et optimisme, et dès 10h, apparaît un splendide ciel bleuté et même rosé. Je vois un pilote dans le club house, le carnet de F-EV avec les clefs alors que Michel avait un vol avant moi… étrange. Je sors tout de même EV sur Charlie 4. Je mets 10° de volets et commence la visite pré-vol. Je fais le tour de l'avion, je regarde tout et même ce qui ne sert à rien. Je prends le soin de bien nettoyer les bavures d'huile ça et là. Il y 22 litres dans le réservoir droit et 10 litres dans le droit, ce qui fait un total de 32 litres. J'approche donc "mon" F-EV à la pompe pour le plein complet. 20 litres plus 30 feront le plein complet, (49.77 l à la pompe).

Michel arrive d'un moment à l'autre : il s'est trompé d'heure à cause de l'annonce erronée du changement d'horaire sur TF1… Le pilote d'avant me laisse aimablement passer à sa place. Je me lave les mains et prends place dans le Cessna 150 quand la voiture de Michel arrive. Vérification instruments ; aujourd'hui il faudra se passer du directionnel et de l'horizon artificiel… J'écoute l'ATIS, on reçoit l'information Alpha, je note un vent de 4kt dans l'axe et 7°C.

- Agen tour F-EV bonjour.
- F-EV Agen bonjour.
- F-BPEV, un Cessna 150 au parking de l'aéroclub avec l'information Alpha, sommes prêts à rouler pour des tours de piste.

La contrôleuse nous autorise à rouler au point d'arrêt de la 29. Il est 10h40, heure locale.
Arrivé au point d'arrêt, essais moteur.

- F-EV prêt au départ.

On s'aligne et je pousse la manette des gaz à fond. Je cabre l'avion un peu trop tôt : l'avertisseur de décrochage siffle, je stabilise l'assiette pour reprendre de la vitesse, et je cabre le Cessna pour une montée à 70kt. La masse d'air est très stable et la montée optimale. 600 pieds, je rentre les volets. À 1000 pieds je commence le virage en crosswind. 1250 pieds ; j'affiche 2200 RPM et je prends l'assiette de palier tout en virant en vent arrière. Je trime le petit avion et il vole tout seul… le Pilatus part donner quelques sensations aux parachutistes et je m'annonce : "F-EV en vent arrière pour un toucher." La tour répond "F-EV numéro 1 rappelez en finale"… "Rappellerons en finale F-EV."

J'offre à Michel un beau atterrissage qui manque un poil de cabré. Quand il me dit "Quand tu veux", après avoir reconfiguré l'avion, je remets les gaz à fond pour un tour de plus. En vent arrière il me dit que c'est lui qui parle à la tour. Il annonce d'abord "F-EV en vent arrière pour un toucher suivit d'un toucher avec option pour un complet", puis ce dernier me regarde, et corrige son message : "F-EV ce sera pour un toucher avec option pour un complet", la femme de la tour répond. Je commence à me sentir bien dans mon avion, le temps est parfait, il n'y a que moi en l'air et un Pilatus très haut …

Je me pose sur la 29, je me sens bien… Michel annonce que c'est pour un complet, et je dégage la piste au second taxiway. Mes jambes vibrent déjà : je sais ce que cela veut dire… Pensée confirmée quand il me demande d'attraper mon carnet de vol et un stylo… et me demande " T'as bien ton certificat à jour ?" Je lui réponds que oui et il me demande alors : " Bon, tu repars faire un tour tout seul." J'émets un vague son avant de dire "……Oui." Je tremble. Il me demande de bien respirer. Inquiet à le voir détacher sa ceinture, je lui demande : " Je pourrai vous parler en vol ??? ", il me dit " Parler pour quoi ? Détend toi !" Mais je persiste : " Mais y'a moyen de vous parler en vol ?" Cette fois il me voit bien tendu sur les freins et me répond : " Je prends une radio portable, mais juste en cas de grande nécessité. N'oublie pas : si tu n'es pas bon, tu remets tranquillement les gaz. Je préviens la tour."
"F-EV, mon élève repart pour son premier complet en solo." La tour répond et s'occupe de mettre en attente un avion en vol. Le voilà qui quitte l'avion en me disant " Allez… et rappelle toi que tu as 90kg de moins dans l'avion" tout en me donnant une tape sur l'épaule. Il ferme bien la porte et part. Je reste une toute petite minute pour essayer de détendre mes jambes qui vibrent ! j'essaye de respirer afin de calmer ma respiration.

J'annonce enfin :

- F-EV prêt à rouler au point d'arrêt pour un complet.
- F-EV roulez point d'arrêt 29.
- Roulons au point d'arrêt F-EV.

J'ai confiance en mon instructeur, donc en mes capacités ; mais aussi en l'avion que j'ai préparé et en la contrôleuse qui rassure avec sa voix agréable. Tout est réuni pour la réussite ; même Éole est de la partie avec un 300° 3kt. Il est alors 10h55 locale, j'ai 8h12 de vol en double.

- F-EV prêt au départ.
- F-EV alignez vous et attendez : une voile en descente.
- F-EV alignons et attendons.

Allez la voile, pose toi ! Il faut que je décolle ! je tremble !
La tour me rappelle :

- F-EV attendez. Je vous rappelle.
- Mettons en attente F-EV.

Une éternité semble se passer avant le contact ultime :

- F-EV autorisé au décollage, vent calme.
- Autorisé au décollage F-EV.

C'est parti, plein gaz, le Cessna part comme une bombe…et il n'y a personne à droite ! C'est vraiment moi qui pilote ! Rotation… l'avion est mal trimé ; réglage…et on grimpe à 700 ft/min, juste Echo Victor et moi ! C'est géant ; je n'ose pas parler. 600ft ; j'annonce "Je rentre les volets"… c'est magique ! L'avion est plus fin et plus sensible. Il n'y a pas de directionnel, alors je me contorsionne pour voir si je monte bien dans l'axe de la piste. Tout est O.K. Virage à gauche après Rochefort…et il faut déjà passer en palier ! 2200 RPM tout juste au tachymètre suffisent pour me propulser à 80kt à 1250ft. On vole ! juste Echo Victor et moi ! je ne lui parle pas, et il me comprend. Je tourne en vent arrière, et je m'aligne à vue, bien à droite de l'autoroute qui file vers Toulouse. C'est très beau, j'essaye de me détendre mais c'est trop fort ! Echo Victor me parle, il ronronne bien comme il faut et il est avec moi. Je profite du moment, seul à bord d'un avion, à 1250ft, je suis le roi du monde !

Je m'annonce :

"F-EV en vent arrière pour un complet." La douce voix de la contrôleuse me répond : "F-EV, numéro 1, rappelez en finale piste 29"… "F-EV rappellerons en finale piste 29."

J'annonce à mon Echo Victor : "Allez, réchauffe carburateur, 100 tours de plus, vitesse dans l'arc blanc : volets 10°." Je prolonge la vent arrière de 500 mètres puis je tourne en base et je lui mets 20° de volets. Un coup d'œil à la piste pour constater qu'on n'a plus qu'à descendre. Je réduits la puissance pour descendre, contrôle de la vitesse, ajustage puissance moteur et compensation. Pendant que je tourne en finale, j'annonce : "F-EV finale"…30° de volets…"Fox-Echo Victor autorisé atterrissage vent du 300° 3kt"… "Autorisé à l'atterrissage Fox-Echo Victor." Je me concentre sur la 29… deux blanches et deux rouges au PAPI, j'ai bien 30° de volets et je suis compensé…et là Michel me parle : " N'oublie pas que tu as 90kg de moins à l'atterrissage." Emu et concentré sur ma piste, je lui réponds un vif "Reçu."

Je me pose joliment sur les deux roues et c'est un doux kiss-landing que j'offre à mon instructeur qui me regarde au sol, mais aussi à mon Echo Victor préféré… Et c'est tout joyeux que je dégage au second taxiway tout en rentrant les volets et en contactant Agen tour :

- F-EV piste dégagée, je roule au parking de l'aéroclub pour quitter la fréquence.
- F-EV vous pouvez rouler au park et quitter la fréquence. Félicitations ! au revoir.
- Merci ! au revoir, dis-je tout ému.

Je roule au parc, il y a mon père et Michel Messud dans l'aéroclub qui me regardent. Je me gare à côté de Echo Oscar : les pilotes sont étonnés de me voir seul dans l'avion !
Je fais mon dernier essai moteur, puis je monte à 1200RPM pour étouffer le moteur. Je sors de l'avion en enfilant mon manteau et en posant le cache-pitot. Le pilote d'à côté me demande si c'était mon premier vol solo. Je lui réponds que oui ! Et là… Michel et Jimmy me crient que j'ai oublié de couper la batterie ! Et c'est vrai ! Je la coupe, récupère mon casque, mon sac et je note le compteur : je viens de faire un tour en solo de 12min !

Thibaut, 15 ans, AC Agen
Salut la liste !


Vous m'avez manqué ! Eh oui un peu plus d'un mois d'absence sur la liste !

La raison n'en était ni des vacances, ni encore moins un voyage en Ailleurs Land... mais simplement un repli stratégique afin de donner le dernier coup de collier à la révision du théorique PPL (sans être distrait par l'immanquable envie de vous lire ou de céder à la diablerie d'un rascoll) dont j'ai passé les épreuves le 28 avril dernier.

Ainsi dégagé du stress des épreuves théoriques, je me dirige doucement vers le week-end, en flânant sur la douceur de journées de repos. Si Dame nature me l'accorde, j'irais m'asseoir derrière les commandes du C 150 du club ce samedi.

Samedi matin 1 er Mai 2004, le réveil sonne à 7h. Un bon début pour le jour de la fête du travail où je me lève plus tôt que la semaine mais c'est pour la bonne cause !

Hier soir, j'ai consulté la météo qui était annoncée très mitigée sur l'Ile de France pour aujourd'hui. Hummmpfff ! Dur, dur de s'éveiller si tôt mais j'ouvre une moitié d'oeil à travers lequel j'aperçois la lumière derrière les rideaux. L'effet est immédiat : je saute sur le bord du lit et repousse un peu le tissu pour apercevoir le ciel au-dehors. Irrésistiblement mes lèvres forment un arc de cercle au bas de mon visage : un ciel bleu parsemé de quelques nuages blanc s'affiche devant mon esprit encore un peu embrumé. Mais cette brume se dissipe rapidement en réalisant ma chance matinale... En plus il n'y a pas un pet de vent, des conditions idéales pour un vol !

Dans le silence lourd d'une maison endormie je finis cette liqueur noire, chaude et amère qui sert de starter à bon nombre d'entre nous. Par bribes mes pensées s'organisent. Ou plutôt leurs dérives s'estompent... Les réflexes cèdent la place aux actes. Des images, des idées... La piste 23 à Chavenay... Le badin à 60... Volet 10° ok ?... 300 ft, la main sur la palette des volets... la vent arrière 70 kt, les volets... à droite la piste et les hangars... finale... plan, axe, vitesse, plan, axe, vitesse... l'arrondi... surtout pas trop tôt, pas trop brusque... Hummmmpfff... je m'étire ! Il est l'heure d'y aller maintenant, je suis impatient et bien réveillé.

40 minutes plus tard, le parking du club, la 2 CV de Stéphane, le chef pilote du club et par la même occasion mon instructeur, est là. Les avions sont déjà sortis et le hangar grand ouvert. Il y a pas mal de monde ce matin. Étrange comme il y a foule de bonne heure dès qu'il fait beau. Stéphane est justement la première personne que je vois et que je salue.

T'as vu ? Fait beau et y'a pas de contrôle aujourd'hui ! Tu vois ce que je veux dire ? me lance-t-il, l'air goguenard.

Je me contente de sourire... JAUNE !

Et oui ça sent le lâcher ! 4 fois déjà qu'il veut faire de l'oisillon que je suis un oiseau, hésitant certes, un peu gauche aussi, tenant plus du canari que du goéland mais un oiseau volant de ces propres ailes…

Insidieusement, je sens ma respiration s'accélérer légèrement, une main se referme sur mon ventre... Trouver une excuse, un empêchement : ma belle-mère débarque à l'improviste... Trop commun ! Un rendez-vous oublié, il serait déçu devant cette bassesse... Lui dire que je suis mal foutu ce matin, ben oui c'est la faute de cette pizza sûrement pas fraîche mon bon monsieur... Pfff n'importe quoi ! Il a bien vu à ma tête que j'étais en pleine forme !

Bon on verra bien ! Et puis comme Stéphane le dit souvent, je suis un pilote de mauvais temps ! Pas un vol sans un nuage, ni un fort vent depuis le début de ma formation. Y parait que c'est formateur, la bonne blague ! Donc peut-être que la météo va se dégrader pendant le vol... Mais qu'est-ce qu'il te prend mon garçon ! Des années que tu en rêves de ce moment... Je commence à remplir les papiers de l'avion avec encore présent à l'esprit le maëlstrom de mes hésitations et contradictions.

J'enchaîne sur la prévol du 150 où il me semble être plus proche de ma machine. Ma main suit les courbes de la cellule et se fait caresse, le regard se fait aigu et l'oeil de velours, complice... Je me sens doucement entrer dans la cour des grands. Je ne sais pourquoi mais au fond de moi je me sens plus responsable que d'habitude des actions que j'entreprends pour ce vol. Non pas que d'habitude la prévol soit faite par-dessus l'épaule mais Stéphane en une phrase (plus que 100 livres sur les facteurs humains) m'a fait prendre pleinement conscience du terme "Commandant de Bord"... car oui l'enjeu est là ! Dans quelques minutes si tout va bien il apparaîtra une première ligne où je changerais de colonne... pour une nouvelle naissance.

Ça y est nous sommes à bord, prêt pour le roulage pour la 23 on est en auto-info du fait du jour férié :
- Chavenay Bonjour ! Fox Roméo X-Ray Uniform, un Cessna 150 au parking Bertin je roule pour la 23 !

Les actions s'égrenent... on coupe la 10-28, le point fixe, les essais moteur... coup d'oeil à la finale, on s'annonce :
- Roméo X-Ray Uniform je m'aligne et je décolle pour des tours de piste...

300 ft je n'oublie pas les volets, il faut dire que je n'arrête pas de "zieuter" dans tous les coins, dehors, vitesse, altitude, axe... je suis sur le qui vive mais pas trop tendu en fait ! Premier virage, vent traversier, début vent arrière, je m'annonce et prépare l'avion par des gestes devenus réflexes, on "papote" sur la vent arrière de la vie du club, des gens, des avions, des événements du club qui vont arrivés et du fait que je suis plus sur le trait !!! Oh M... ! Ben ça commence bien ! Rattrapage du tour de piste puis l'étape de base, le dernier virage, annonce radio et alignement dans l'axe de la piste pour la finale. Le 150 glisse sur le plan gentiment. Axe, plan, vitesse, tout est OK, les volets 20° assurent une vitesse raisonnable qui me permet même de profiter de la vue sur les champs de colza alentour. Celui qui est à l'entrée de la piste 23 me servira sans doute de repère pour tout réduire si je suis toujours sur le plan. On commence à entendre à la radio d'autres pilotes se préparer à rouler. Dans peu de temps il y aura du monde dans le circuit. Voilà le champ de colza, je suis toujours sur le plan, cela se présente bien. Axe, plan, vitesse... tout est OK. je réduis tout. Moment toujours un peu magique pour moi. L'avion continue sa progression... Je commence à tirer le volant pour réduire la descente. L'arrondi que je conduis avec une souplesse que je ne me connaissais pas, posé en douceur... un des plus réussis jusqu'ici qui me vaut les félicitations de Stéphane... Gratifiant ! Volets, gaz, réchauffe c'est reparti et avec un énorme sourire sur mon visage après ce toucher. Heureux du travail bien exécuté ! On enchaîne 4 tours de piste comme cela sauf que le deuxième sera aussi raté que le premier fut réussi. Juste équilibre des choses non ?

Sur la vent arrière du quatrième :

- T'as tous tes papiers ???

- Oui ils sont derrière avec le carnet de vol dans la pochette !

Scrrraaaatchhh ! Oh oh !!

- Tu t'annonceras pour un complet, OK ?

- Ok ! m'entends-je répondre sur un ton résolu.

- Roméo X-Ray Uniform en base 23 pour un complet.

- T'iras à l'essence et je descendrais pisser un coup ok ? Et après on ira boire un vin chaud...

- OK !

Il sait dire que ça celui-là !

Dernier virage

- Roméo X-Ray Uniform en finale 23 j'atterris !

Réduction, arrondi, touché mais pas de frein, le terrain est lourd cela devrait suffire à rejoindre le taxiway.

- Roméo X-Ray Uniform piste dégagé, je roule pour l'essence.

Un peu de gaz, et hop à l'essence.

Je fais le plein pendant que Stéphane rempli tmon carnet (je m'en apercevrais plus tard... ) stipulant "Autorisé vol solo le 01 05 2004."

Je monte... IL descend !?! Ah oui c'est vrai ! Je dois partir tout seul ! Au travers de la porte :

- Bon tu y vas, tu fais comme d'habitude ! Tu te perds pas et puis surtout n'hésite pas à faire une remise des gaz. Tu te rappelles comment on fait ? Gaz, réchauffe, volet une fois la vitesse ! Allez à tout à l'heure !

Je ne l'écoute déjà plus... À ce moment survient le grand moment de solitude que chacun connaît lors de phase importante. La tête se vide de tout le superflu, je ne suis tendu que vers une chose, piloter cet avion et NOUS ramener entier !

Concentration, je remets mon casque sur les oreilles m'isolant ainsi quelques secondes des bruits ambiants me plongeant un peu encore en moi-même. Je me saisis de la check-list, respire un coup...

Batterie, réchauffe, plein riche, demi-phalange de gaz, contact sur both, freins serrés, regard devant, personne ! Une seconde d'hésitation avant d'engager la valse des pistons. Démarreur. L'hélice s'ébroue, je sens mon ventre qui se creuse, l'adrénaline monte, je la sens, la reconnais... 1200 tr/mn. Alternateur, ça charge, température et pression OK, radio :

- Chavenay rebonjour, Roméo X-Ray Uniform à l'essence, je roule pour le point d'arrêt de la 23 !

Je lâche les freins, il roule tout seul... Je vire à droite pour reprendre le taxiway, je roule à nouveau vers la 23 comme il y a quelques dizaines de minutes, comme d'habitude j'allais écrire. Oui c'est l'impression que j'ai, comme d'habitude, mais un sentiment sourd m'indique que quelque chose n'est pas tout à fait comme d'habitude. Je le sais mais n'en ai pas encore vraiment conscience. Pourtant mes actions ne sont pas tout à fait comme d'habitude non plus. Je fais plus attention lorsque je traverse la 10-28, je surveille plus mon tableau de bord et surtout j'égrenne chaque action dans ma tête, les pensant et repensant, les répétant, vérifiant ce que j'ai déjà vérifié.

J'arrive au bout du taxiway et je m'arrête. Je me lance dans ma check-list tout en écoutant la radio. C'est marrant, moi qui d'habitude ai du mal à suivre la radio et piloter, là je sais exactement où se trouvent les deux trafics en Tour de Piste tout en gérant ma check-list... Ca y est, je suis prêt mais je ne pourrai pas m'aligner de suite car j'ai entendu X-Ray Roméo (oui un autre XU sur Chavenay c'est pour cela que nous nous annonçons en RXU) en vent arrière de la basse hauteur et l'autre trafic qui s'annonce en base et sur lequel j'ai le visuel. Je me tais et j'attends X-Ray Uniform qui s'annonce finale 23. Ouch ! Ca va être un peu chaud de s'insérer, j'essaie d'estimer si j'aurai le temps de décoller après le second trafic en finale avant que X-Ray Uniform ne soit de nouveau en base de la basse hauteur... Ca y est, je me fais des noeuds au cerveau... Bon laisse-les déjà passer ce coup-ci, tu verras après... Je profite ainsi du spectacle des 2 posés-décollés de mes collègues du jour. J'attends gentiment que le 172 dépasse la piste en me faisant la réflexion que ce n'est pas évident à repérer vu du sol, je comprends mieux le "ou entamé le premier virage"...

- X-Ray Uniform en début vent arrière 23 de la basse hauteur.

Ok, c'est bon, je peux y aller si la finale est dégagée, coup d'oeil attentif et...

- Roméo X-Ray Uniform, je m'aligne et je décolle pour des tours de piste !

Un dernier coup d'oeil à la finale, personne, les volets sont bien sur 10°, réchauffe sur froid et mélange plein riche, je suis pile poil sur l'axe, gaz en grand, tachymètre ok, un peu de pied à droite... un peu plus... le vent vient de se mettre un peu plus de travers... badin... déjà 60 kt ?!?... Purée mais z'ont rajouté des chevaux aujourd'hui ?

Je tire et ce brave Roméo X-Ray Uniform nous envoie en l'air. Le badin oscille entre 65 et 75 kt, j'ai un peu de mal à stabiliser la vitesse de montée, il est plus vif l'animal ! 300 ft les volets, premier virage, je vois les cheminées de Porcheville, c'est cool pour tenir le trait vu quand même les 5 à 10 kt de vent de travers. Il continue de grimper, la vitesse est stable. 850 ft réchauffe, 2200 tr/mn, virage, annonce radio.

- Roméo X-Ray Uniform en début de vent arrière 23.

Je sors du virage en visant les silos et les serres (le prochain point tournant) stabilise ma hauteur, ajuste les gaz, sors 10° de volet alors que la vitesse rentre dans l'arc blanc. La vitesse se stabilise à 70 kt et je compense l'appareil. Ouffff ! L'avion est stable et vol presque tout seul...

C'est maintenant que je commence à savourer ce moment, le petit stress a disparu. Je regarde autour de moi, les nuages composent un jeu d'ombre et de lumière sur la campagne environnante et les champs de colza. Je suis bien, je suis détendu, je suis heureux... Mon esprit se libère et semble vouloir combler l'espace que mes yeux parcourent. Les souvenirs émergent doucement, aussi douillets et cotonneux que les nuages alentour. Le ronron du Lycoming agit comme un catalyseur d'émotion, il est ma madeleine de Proust, il est le son de mes souvenirs. Je revois les quelques images de mon baptême de l'air, mon tout premier vol, assis à l'unique place arrière d'un de ces vieux coucous de bois et toile à l'odeur de kéro, d'huile et de cuir... C'est mon père qui m'accompagne, ou plutôt le contraire. Je suis dans l'ombre, il est dans la lumière... Pose quelques questions et savoure les réponses. Il s'abreuve de ces quelques minutes comme d'une onde de jouvence. C'est ce jour là qu'il m'a inoculé le virus, lui qui rêvait de voler. Il a tenu à partager ce moment avec moi avec cette générosité des hommes de cœur, je ne l'en remercierai jamais assez. C'est de ses livres que mon savoir aéronautique est né, c'est de ses silences soulignés par ses yeux brillants de rêve d'Icare qu'est né ma passion. C'est lui, mon guide, qui aujourd'hui à pris la place de mon instructeur et dont je sens la présence à mes côtés. Je le vois sourire et poser son regard tendre sur moi. Il est heureux donc je le suis. Il sera de tous mes vols, de toutes mes navigations solitaires le passager privilégié.

En jetant un coup d'oeil vers le sol, j'aperçois les serres qui commencent à glisser sous le capot moteur, un rayon de soleil se reflète sur la blancheur du capot. Il est temps d'attaquer le virage qui m'amènera en base en visant le carrefour de la D 307.

- Roméo X-Ray Uniform en base 23.

Je me re-concentre de plus belle il s'agit d'attraper le plan correctement dès le départ, ça facilite les choses. Réduction 1800 tr/mn, volet 20°. La vitesse chute, je surveille ma dérive vu que le vent est plein travers et qu'il souffle pas mal. Un coup d'oeil au vario, je rajoute 100 tr/mn pour ne pas glisser sous le plan au dernier virage. Glisser, oui c'est ça je glisse dans cette masse d'air qui m'accompagne. Je ne lutte plus comme lors des premières heures de mon apprentissage, j'accompagne ma machine, la guide, caresse ses commandes pour ne pas la contrarier mais lui montrer mes intentions. Elle vole, je plane…

- Roméo X-Ray Uniform finale 23 je touche…

Enfin, je vais toucher ! Dans quelques instants, après que le champ de colza m'ait fait un dernier clin d'œil. La piste s'immobilise dans le pare-brise, elle semble en apesanteur,comme moi. C'est presque comme si je me voyais piloter…

Une foule de points blancs est amassée à droite de la piste. Ils attendent… Ils m'attendent… Je vérifie mes paramètres et tout semble rouler, couler de source. Tout réduit, je tire doucement pour ne pas rompre le charme. Il s'enfonce, toujours doucement… Posé pas cassé ! Un peu plus brutal que les précédents mais pas trop mal je pense. Je contrôle aux palonniers l'axe de la piste. Volets, gaz, réchauffe et c'est reparti ! Allez encore quelques minutes de bonheur et puis c'est le complet avec le sentiment d'avoir bien loupé le deuxième toucher, posé pas cassé c'est le principal. Je contrôle la vitesse, m'engage sur le taxiway :

- Roméo X-Ray Uniform piste dégagé, je roule pour le parking Bertin.

Je ne roule pas trop vite comme me l'a demandé Stéphane, faut pas que je gare le Cessna en vrac sinon…

Et voilà je viens de tout couper, un sentiment de plénitude m'empli, je caresse du bout des doigts la casquette du tableau de bord et remercie mon compagnon de vol. Dans le silence de la cabine, j'ai la tête remplie des images du vol, de mon premier solo… J'ai l'impression de vivre au ralenti, j'ai pas envie de descendre, pas envie de revenir au monde… C'est vraiment comme une deuxième naissance, les sens saturés d'ivresse. Il faut pourtant se résoudre à ouvrir la porte. Je descends, foule l'herbe du parking, glisse ma main tout le long du bord d'attaque en guise de dernière salutation. J'imagine ma tête de déjanté… J'entre et retrouve Stéphane : Ca c'est bien passé ???


Depuis j'ai reçu les résultats du théorique auquel je suis reçu, voilà encore une autre raison de rester encore un peu sur mon nuage...

Philippe



...Air France a tenu sa promesse, pour moi en tous cas !

Hier, la dernière étape avant la délivrance : le lâcher secteur. Durant ce dernier contrôle de quatre étapes, un cadre de la division 320 va juger non pas du pilotage (puisque c’est sensé être déjà acquis et validé par le lâcher précédent) mais du comportant OPL, avec gestion du temps, de l’environnement, bref, être opérationnel !

Autant dire que ces quatre étapes sont à préparer minutieusement afin d’être disponible pour le reste (en plus des questions et pannes fictives en vol !). Voilà pourquoi je pars de chez moi pour arriver à la préparation des vols vers 10h, en prenant une bonne marge puisque mon premier vol décolle à 13h15.

A 500m de l’entrée du parking, toutes les voitures ralentissent, puis peu à peu un bouchon se forme, et plus personne ne roule. Bon, comme quoi, faut toujours prendre de l’avance, et là, je suis plutôt tranquille. Du moins, c’est ce que je pense... 30mn plus tard, la situation est toujours la même, pire : toutes les voitures ont leur moteur coupé et j’apprends par la radio que des manifestants Aéroports de Paris bloquent l’accès à l’aérogare.

Je suis déjà moins zen, mais bon, je suis toujours dans les temps... 1h30 plus tard, ce n’est pas encore la panique, mais la tension monte ! Beaucoup de passagers qui ont abandonné leur taxi, marchent à pied avec leurs bagages vers l’aérogare et passant devant moi me questionnent (je suis en uniforme) pour savoir si leur vol est parti, et comment ils vont faire ! Evidement, je n’ai rien à leur apprendre, mais surtout je cherche une solution à mes problèmes : abandonner la voiture au milieu de la route, ça me coûtera une fourrière mais bon… Une relative bonne nouvelle, j’apprends par le planning que mon testeur est aussi bloqué, et plus loin que moi. Je décide donc d’attendre encore. Quelques minutes plus tard, je vois au loin les véhicules qui repartent lentement. Problème, ce n’est pas la bonne direction pour moi et la bifurcation que je dois prendre est bloquée par une mur de CRS.. J’essaie pendant quelques secondes de les convaincre de me laisser passer, inutile d’insister surtout que l’un d’eux me propose de me faire attendre dans leur fourgonnette si je ne dégage pas le route illico. Bon, je pars donc à l’opposé de ma direction et je jette ma voiture dans le premier parking que je trouve, une bonne course à pied à travers la route et la gare RER, bref des bonnes conditions pour arriver bien frais pour un lâcher !

Enfin, j’arrive à la préparation des vols dix minutes avant mon testeur, ce qui me permet de préparer le dossier au minimum... Nous courons de nouveau à notre navette qui nous amène (sans les PNC que nous n’avons pas trouvés) au pied de notre avion, le F-GRHO, un 319. Surprise, à la place nous trouvons un 320, qui visiblement n’est pas vraiment sur le départ (pas de groupe, pas d’escabeau...) Un coup de téléphone et nous apprenons que notre avion est toujours à Londres (la grève d’Aéroports de Paris a généré un retard monstrueux sur tous les départs et arrivées à CDG), et qu’il y aura au moins 1h30 de retard.

Le problème, c’est que les deux dernières étapes risquent du coup d’être annulées ou faites par un équipage de réserve ; et dans ce cas pas de lâcher possible... Mon testeur propose donc d’annuler le contrôle et nous retournons au siège. Je suis morose, un nouveau contrôle, c’est des nouvelles destinations, une nouvelle date pour la commission d’encadrement, les vols suivants (les vrais) qui sautent... et surtout tout ce stress et cette agitation pour rien.

Retour au siège, nous avons plus de détails sur nos étapes : le premier vol est retardé de 1h30, c’est un Berlin, le Montpellier est jouable mais sans garantie. Il faut choisir. Je prends le risque. J’avale un sandwich et re-navette, re-parking, cette fois c’est bon, le HO est là et les PNC qui ont aussi pas mal tourné sont déjà dans l’avion. J’oublie la matinée agitée et je me concentre sur la préparation de l’avion : mine de rien, mon testeur garde un œil sur chacun de mes gestes et ne loupe rien !

Nous sommes prêts pour le départ, nous oui, mais la Servair non, nous sommes tentés de partir sans les prestations, mais certains passagers sont déjà furax (ils assimilent ADP à AF et réclament des surclassements, compensations de toutes sortes et même remboursement sur le champ de leur billet en cash) mieux vaut donc attendre encore quelques minutes et pouvoir leur servir quelque chose en vol… Quinze minutes plus tard, tout est à bord. Il faut partir vite, ça s’agite vraiment derrière.

Le PPU est en place, les portes sont fermées. La check list avant mise en route, prêts à repousser, le frein de park desserré, mais l’avion ne bouge pas ! Au bout d’une minute, le verdict vient de l’interphone sol : le PPU est en panne, impossible de repousser. Ca me fait rire ! Bon, la lâcher sera pour un autre jour, on va faire un vol sympa sur Berlin, de toutes façons, c’est toujours un bonheur de piloter et une rotation, même dans ces conditions, ça ne se refuse pas !

15h45, nous quittons notre parking pour la piste 08L, beaucoup de monde au point d’attente, je roule doucement afin de ne pas laisser l’avion immobile trop longtemps (ça énervent les pax). Autorisé alignement, décollage, montée etc. rapidement en croisière au 380, il fait beau, on est bien, je réponds à toutes les questions en me disant que ça me fera un bon entraînement pur le lâcher.

L’efficacité légendaire des allemands nous permet de rattraper 30 minutes à Berlin, on refuele, les pax, on ferme tout, et on part à toutes vitesse sur CDG, 340kt, M0.80, pas le moment de faire des économies de carburant.

En milieu de croisière, un message acars tombe : les gentils collègues du CCO (centre de coordination) m’ont gardé le Montpellier au chaud. Cette fois, ça sent bon, surtout que pour l’instant tout se passe plutôt bien ! A Paris, tout va encore très vite ; j’ai bien les procédures en tête, ce qui permet de ne pas perdre de temps pour remplir le FMS, et tant mieux, la prévol de l’avion, le carburant, la préparation poste tout ça en moins de vingt minutes, et... ready to start and push back !

La croisière est plus courte sur Montpellier, mais mon testeur m’a déjà posé pas mal de questions, maintenant il veut voir de l’opérationnel et gestion du temps – j’ai tout de même droit à une petite panne GTR en croisière, puis perte de pressurisation -.

A l’arrivée le temps est maussade, tant mieux, j’aime les approches à vue, mais en test je préfère éviter (surtout celle de Montpellier), un ILS 31R avec un peu de vent de travers, ça me va bien. Tout en manuel, ça va sans dire !

Le retour sur Paris, nous avons rattrapé encore vingt minutes, mais il est tout de même 23h00 passées. Une discussion sympa a remplacé les questions de limitations et autres genops. Je reste tout de même concentré, rien n’est joué tant que l’avion n’est pas au parking tout coupé avec la check list stationnement prolongé effectuée. Pluie et bruine nous attendent avec un plafond qui dégringole à 500ft, encore une demi-heure et nous étions bons pour une CAT II, ce sera donc en manuel avec FD pour le dernier ILS.

L’avion est arrivé à bon port, tout l’équipage m’attend dans la navette, mais me faut faire le tour de l’avion avant de les rejoindre, je suis en peu surpris, mon testeur n’a rien dit...

J’arrive dans la navette, et là j’entends un "Bienvenue à Air France" ! Ca fait vraiment plaisir !

Pendant le débriefing assez court (il est minuit passé), mon testeur remarque : "J’ai noté des rotations franches et freinages virils, t’étais un peu tendu, non ?!!"

Sam

Pilote débutant


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