Vous trouverez ici, la retranscription
des textes reçus sous forme de Puzzle sur PilotList de et
par
Louis Bonnaud
Delamare.
PREAMBULE par Louis Bonnaud Delamare:
Bonanza" fut un "soap-opera" célèbre
du petit écran. "L'opéra des lessiviers" (qui le sponsorisaient)
est devenu synonyme de feuilleton télé à rallonge
avec un petit suspense à la fin de chaque épisode pour pouvoir
mieux vendre sa lessive le lendemain. Je vous en propose un, vécu
par ma pomme, à la suite d'un mail d' Alain Glaizal. Il répondait
au petit texte concernant ma rencontre avec un OVNI (Oiseau Volant Non
Identifié) lors d'un vol en Bonanza et m'a suggéré
de raconter cette autre aventure pour ses vertus éducatives."UN
WEEK-END RELATIVEMENT MOUVEMENTÉ".
Premier épisode : "Quelle beauté
!"
C'était le 28 mai 1987, par
une de ces journées de fin de printemps qui annoncent déjà
l'été.Une météo particulièrement favorable
incitait ma compagne et moi-même à descendre de Lognes à
Cannes en Bonanza pour aller y passer trois jours chez son père.
Le Bonanza F-BTAT était un pur-sang de robe d'azur. Son capot cachait
ses 285cv dont le son était une pure merveille (on ne peut parler
de bruit, ni même de ronronnement, tant la sonorité moëlleuse
et douce rappelait plus les sensations foetales ressenties dans l'utérus
maternel que toute autre harmonie). Son moteur était un Continental
10520BA qui le tirait à 165kt en basse couche. Sa dérive
en V ajoutait à la grâce et à la légèreté
de ses lignes un zeste de distinction très aristocratique. Ce n'était
vraiment pas une "machine" comme les autres. Trapu, bas sur patte, l'impression
de puissance était immédiate. Son hélice tripale accentuait
le côté "chasseur", tandis que les ouïes de refroidissement
latérales rappelaient celles des plus beaux squales. Vraiment, quelle
beauté! Mais cette beauté pouvait être aussi être
fatale. Fatale comme les femmes des pires romans de gare. Il fallait être
sur ses gardes car l'imprévisible aventure commençait...
Deuxième épisode "Les
ennuis commencent"
Ainsi, la journée débuta
sous de bons auspices. Adorable compagne, beau soleil, quelques cumulus
isolés engagés par le syndicat d'initiative pour faire ressortir
le bleu du ciel, et le Bonanza Alpha Tango dont je rêve encore encore
10 ans après.La prévol fut effectuée de façon
toujours aussi rigoureuse car je déteste les mauvaises surprises.
Sortant de GV, Alpha Tango était
étincelant, luisant, (comme le ver du même nom) car il avait
été polishé par la même occasion. Les pleins
effectués, le décollage fut de routine.
Peu à peu nous sommes montés
au niveau 95 au fur et à mesure que la TMA de Paris le permettait.
Et bien sûr, bercés par la douce sonorité du Continental,
nous admirions la France avec une visibilité extraordinaire. La
routine, mais quelle fabuleuse routine. Avec les contacts avec Paris-iInfo,
les contrôles réguliers des instruments et le paysage qui
change rapidement à 180 kt (même au niveau 95), le temps passe
vite, très vite. La durée de voyage prévue était
de 2h15 de Lognes jusqu'à Cannes. Passé Auxerre, une radio
se met à crachouiller puis devient inaudible. Je la coupe machinalement.
Quelques minutes plus tard, le DME s'affole et devient inexploitable. Je
le coupe et m'interroge rapidement. Sans avoir eu le temps de bien réfléchir,
le radio-compas tombe en panne à son tour et je le coupe aussi.
Et l'enchaînement continue. Le premier VOR, puis le second me lâchent.
TOUT lâche. Après avoir tout coupé, je dois me résigner
à débrancher en dernier la deuxième radio après
avoir laissé un message en l'air pour un relais éventuel
vers Paris-Info. Pas de doute, c'était bien une panne électrique
totale.
Sur le Bonanza, les volets sont électriques,
c'est bien, c'est pratique, et on peut atterrir sans. Mais sans le train
électrique, c'est plus délicat, sans le train. Heureusement,
on nous a entraîné à sortir le train à la manivelle,
mais au fait comment ça fonctionne ce truc? c'est vrai ça,
on m'a bien dit de tourner la manivelle 50 fois dans le sens inverse des
aiguilles d'une montre, mais comment ça marche? On verra bien me
dis-je, on est au 95, au sud d'Avallon, avec de l'essence jusqu'à
la Corse, il est moins de midi, excellente météo, hors de
zones contrôlées, on a donc plusieurs heures pour régler
le problème. Déroutement? On vient de passer Auxerre dont
je connais bien le terrain, la piste y est longue et la tour pourra vérifier
mon train sorti. Mise en descente 500ft/mn à partir du 95 à
Avallon. De cette façon, nous arriverons très haut sur Auxerre
pour avoir "de l'eau sous la quille" comme disent les marins. Sortie du
manuel d'exploitation pour relire les consignes sortie manuelle du train
et crash éventuel. Pour l'instant, c'est comme à la parade.
Heureusement on n'est pas en IFR! Il ne reste plus qu'à sortir le
train verticale Auxerre, à tourner cette petite manivelle juste
derrière ma fesse droite 50 tours et à faire contrôler
le tout par la tour.
Le train sortira-t-il ? Y aura-t-il
un contrôleur à la tour ? Pourquoi cette panne sur un avion
qui sort de GV ?
Troisième épisode "Sacrée
manivelle"
Après une descente tranquille
d'un quart d'heure du niveau 95 vers 2000ft QNH, nous voici donc arrivés
verticale Auxerre-Branches, sa longue piste et sa tour. Soleil dans le
dos, l'éclairage avait été sublime vers le nord durant
toute l'approche et incitait à la rêverie. Un dernier essai
radio pour tenter de joindre la tour est sans réponse. Mais assez
rigolé, il fallait maintenant sortir le train. Très simple
: la manivelle à droite, 50 tours et on se pose. La main saisit
l'objet, qui résiste, résiste toujours, et s'avère
bloqué. Indubitablement, irrémédiablement et complétement
bloqué. Petit frisson dans le dos, sueur commençant à
perler sur le front, que faire? Un instant, j'envisage de me poser sur
le ventre si nécessaire, mais on a le temps, le beau temps, et l'essence,
alors, réfléchissons. La manivelle est placée juste
à la base arrière droite du siège pilote et l'effort
pour la débloquer est difficile pour le CDB car il exige un mouvement
en extension, propulsion et rotation simultané. Demandons donc aux
passagers arrière d'effectuer les 50 tours car cela devrait être
plus facile pour eux. Avec une main, puis deux, puis trois et enfin quatre.
Les deux passagers arrière (vous l'auriez deviné 4 mains/2
= 2 passagers, non? Il n'y avait pas de manchots à bord!) commencent
à s'inquiéter. Sacrée manivelle. Coincée et
bien coincée. Bon, ça se gâte. Nouvel essai de ma part,
nouvel échec. Ce n'est plus "sacrée manivelle", mais "putain
de manivelle". Elle est en alliage d'aluminium et je crains qu'elle ne
me casse dans la main tellement les efforts sont violents. La sueur gagne
le dos et remplace les frissons. Réfléchissons encore. Si
elle refuse de céder dans le sens inverse des aiguilles d'une montre,
peut-être qu'elle tournera dans l'autre? Mais au fait, comment ça
marche cette saloperie merdique qui me fait ch.... (vous remarquerez que
le fabuleux pur-sang bien polishé du début n'est plus tout
à fait perçu de la même façon. S'il est polishé,
moi, je deviens impoli !) J'en sais rien et c'est trop tard pour l'apprendre.
Alors, un, deux et vlan ! L'énergie du désespoir associée
à plus de force en tirant vers soi: elle cède et tourne dans
le mauvais sens. Un progrès certes, mais je relis le manuel et il
ne doit pas se tromper ce con de bouquin ! On devient un peu tendu et légèrement
mal poli quand ça se dégrade. :o(( 50 tours quand même,
on ne sait jamais, puisqu'il n'y a pour l'instant pas d'autre alternative.
Et on tourne, et on tourne, autour du terrain à 2000ft, et la manivelle...
50 tours de manivelle et 3 ou 4 du terrain plus tard, il ne s'est rien
passé. Le bruit sourd et le "bong" de sortie de train n'ont été
ni entendu ni ressenti. Alors la rage me prends et décuple ma force.
On ne se posera pas sur le ventre. Au pire, je la casse cette enculée
de manivelle. (Pardon pour ce vilain gros mot, mais en situation ce fut
pire. Que les âmes sensibles éloignent les enfants de cet
écran) Et dans la fureur du geste, elle débloque! Et c'est
peu dire qu'elle débloquait. Vers le 15ème tour on ressent
le "bong" accompagné du doux bruit de sortie de train. Mais sans
électricité, pas de "trois vertes". Alors, verrouillé
ou pas verrouillé ce train à la con ?...
Quatrième épisode "Ils ignoraient
tous que le pire restait à venir"
La manivelle de train était
coincée et dans la fureur du geste je la débloque! Et c'est
peu dire qu'elle débloquait. Vers le 15e tour, on ressent le "bong",
accompagné du doux bruit de sortie de train. Mais sans électricité,
pas de "trois vertes". Alors, verrouillé ou pas verrouillé
ce train à la con ?...Approche de précaution à la
vitesse minimale, prêt à : "étouffoir-couper-magnétos-fermer-essence-garder-l'horizontale-quand-le-train-s'affaisse-et
attendre-l'arrêt-complet-pour-gicler-rapido"...
Le plus beau kiss-landing de ma vie
à une vitesse minimale à laquelle je ne suis jamais retourné
depuis. Pas un poutou, un doux baiser à la terre juste effleurée
pour que le train ne s'efface pas. Effet de sol : on ne peut pas encore
dire si on va se poser sur le ventre. On roule, mais en caressant la piste.
Les amortisseurs ne sont pas encore en compression. On décélère.
20 mètres de piste, puis 40. Là, on devrait déjà
sentir si le train rentre. Secondes interminables avant de constater qu'il
est probablement verrouillé. Pas de taxiway à Auxerre. Il
faut donc effectuer un 180° pleine piste. Doucement, très doucement,
j'engage le demi-tour. Et si dans cette manoeuvre au sol serrée,
le train rentrait ?
La journée était vraiment
magnifique et le train bien verrouillé. La tour était fermée
et n'aurait pas pu nous répondre ou nous aider à vérifier
le train sorti. Nous téléphonons alors à notre président
bien aimé (grâce auquel nous volons sur un avion de légende)
pour lui apprendre la nouvelle. Incrédule, il ne comprend pas. Il
sort de GV cet avion. En bon président, il téléphone
tous azimuts pendant que nous nous dirigeons vers le restaurant au pied
de la tour. Excellent repas avec un fromage blanc local fabuleux et juste
un verre de vin pour le pilote qui désirait continuer vers Cannes
dès la panne circonscrite. Appel aux parents pour leur dire notre
retard involontaire (non, beau-papa, je ne l'ai pas fait exprè s!).
Et à 15h notre zident arrive, tel Zorro, avec une batterie neuve
dans le Cessna 172 F-BXIX. Durant notre repas, un jour férié,
il a réussi à joindre le patron de la station service qui
a effectué la GV et appris que la batterie qui avait déjà
donné des signes de défaillance auparavant n'avait pas été
changée par "oubli". :o((
Changement de batterie, essai en
vol du train, et à 16h nous sommes prêts au départ.
Ils ignoraient tous que le pire restait à venir.
Décollage classique face au
sud. Le Continental ronronne de plaisir en montant au 65. Depuis notre
départ ce matin, la météo a très légèrement
changé. Au-dessus de l'Auxerrois et du Morvan, une couche d'alto-stratus
peu dense, mais soudée, s'est établie au 70 et nous interdit
de monter plus haut pour l'instant. Le relief le plus élevé
dans un couloir très large est de 3300ft, j'ai donc de "l'eau sous
la quille". J'ai l'intention de prendre le 115 dès que possible
car je sais qu'avec le petit mistral sur la vallée du Rhône
nous serons vite dans le grand bleu. Et la "routine" reprend, une fois
les paramètres de croisière réglés. Ma route
était particulièrement simple : Lognes-LSA-Cannes avec des
points de report visuels et radionav réguliers (LSA = Vor-Dme de
Lyon Satolas). En vol, mon voisin de droite me demande de faire le transit
ouest de Lyon (à 1200ft) "pour mieux voir le paysage". Je lui explique
que Ronald Vianney, l'instructeur qui m'a formé, m'a appris dès
le début de ma formation qu'il fallait toujours être le plus
haut possible, au cas où..., et que je suis au 65 et n'ai pas envie
de redescendre pour remonter tout de suite après (il y a du relief
à 10.000 pieds pratiquement sur la route).A deux minutes de l'entrée
de zone, je demande à Lyon-Approche l'autorisation de transiter
verticale LSA au niveau 65. Ils acceptent et me donnent un code transpondeur.
A peine le contact terminé, le moteur "ratatouille" 1 à 2
secondes. L'oreille du marin entendant les brisants avant tout le monde
est la même. Personne ne remarque ce son différent sauf moi.
Coup d'oeil sur le fuel-flow, vérification de l'EGT, pinaillage
de la mixture pour vérifier. RAS. Curieux tout de même. Une
minute après, idem et personne ne le remarque à nouveau.
Je prends alors contact avec Lyon-Approche pour l'entrée de zone
lorsque le moteur ratatouille franchement. Après le message, j'enrichis
un brin, toujours très intrigué, d'autant que cette fois-ci,
les trois passagers ont remarqué ce drôle de bruit. Le moteur
ratatouille encore et je pousse la mixture à fond ce qui le fait
repartir. Je reviens à la mixture précédente et durant
une à deux minutes tout est normal. Mais je gamberge à une
vitesse supra-luminique. Que se passe-t-il ? Comment expliquer ce phénomène
sur un moteur à injection où le givrage est impossible (ayant
été victime de quelques légers givrages carbu, cela
me les rappelait). Je regardais dubitatif le tableau de bord et l'extérieur.
Nous étions sur le plus mauvais Morvan. Pas un endroit vachable.
Que du tordu, du rocher, de la forêt pas plate du tout. Aucun fond
de vallée dégagé et de toute façon trop court
pour une approche réaliste. Vraiment ce n'était pas le bon
endroit pour avoir une panne moteur. Aussitôt pensé, aussitôt
fait, le moteur s'étouffe. Je pousse à nouveau la mixture
à fond, mais sans réponse.
Silence de planeur, hélice
en moulinet, je prends le micro et annonce : "Lyon-Approche, Alpha Tango,
panne moteur"
Sixième épisode : "Alpha Tango
autorisé. Mâcon au 130° à 12 nautiques"
"Lyon Approche, Alpha Tango, panne
moteur". Mise en descente à 105 kt (finesse max) comme en exercice.
Pendant que je constate visuellement que le crash est inévitable
tant la zone à perte de vue s'avère hostile, j'entends :
" Alpha Tango, confirmez panne moteur". Vraiment, le relief et les arbres
ne laissent guère de chances. L'atterrissage ne peut se faire que
très violemment, dans une forêt, et sans la moindre route
ou maison, aussi loin que l'on peut voir. Tout en regardant dehors, une
main aveugle, guidée uniquement par l'habitude et l'entraînement,
palpe "l'alternate air". Réflexe automatique, sans objet ici, mais
je l'ai fait, et je le dis. Je lâche l'alternate air pour confirmer
laconiquement et rapidement : "Alpha Tango, je confirme, panne moteur".
J'agis alors comme en exercice. Parmi tous les automatismes appris, il
y en a bien un qui devrait nous sauver la vie... Mais à ce moment-là,
on agit, on ne réfléchit pas. Ce type de réflexion
c'est pour après, à terre, au club. Il vaut mieux avoir eu
de bons instructeurs qui vous ont conditionné, radoté, emmerdé,
répété, ressassé, les consignes de sécurité.
Déjà, le matin même, j'ai pu constater combien il est
difficile de se concentrer en situation dégradée. Seuls les
automatismes ressortent et il vaut mieux les connaître. Piloter avec
le manuel de vol dans une main, le volant dans l'autre, tandis qu'une troisième
est nécessaire pour tourner la manivelle, complique les choses.
D'autant que l'hypothèse "manivelle de train bloquée" n'est
pas prévue dans le manuel ! On s'aperçoit là que les
automatismes font gagner des secondes, et les secondes ce sont des pieds
à l'arrivée. A 105 kt, la finesse max du Bonanza est de 10
! Panne au niveau 65, sol à 2.000ft , 4.500ft pour rattraper la
situation c'est peu, et tout se joue alors en quelques secondes car vraiment
ce n'est pas un bon planeur notre pur-sang. Il me fait même plutôt
penser à un fer à repasser, notre bel avion bien polishé.
Et la main, totalement indépendante de tout contrôle volontaire,
effectue avec précision des manoeuvres enfouies au plus profond
du cortex. Pendant ce temps, ma compagne, installée juste derrière
moi hurle en s'aggripant à mon dossier : "Chériiiii, j'ai
peur.... Je ne veux pas mourir..." Juste un effleurement de la main (qui
est décidément partout !) et un petit mot pour calmer cette
angoisse. Parenthèse : ma compagne a été directrice
administrative d'une petite société de taxi aérien
et connaît donc bien notre monde. Elle a même fait de nombreux
vols d'essai dont l'un sur Beech 18 sur un seul moteur. Pour lui faire
peur à ce point (et pour la première fois!), la situation
doit effectivement être dramatique.Mais revenons à la main
: un ballet ! On s'étonne soi-même a posteriori. La main,
comme dans "Les valeurs de la famille Adams", pianote, essaie un coup de
démarreur, plein riche, mixture croisière au régime
moteur précédent. Sans succès. Puis la même
chose plein gaz. Et, surprise, la main met le contact sur la pompe de gavage.
L'hélice en moulinet hoquette. Je laisse plein riche, plein gaz,
pompe on, démarreur, et le fabuleux son du 285cv résonne
à nouveau. VICTOIRE ! Il ne s'étouffe pas. Pourvu que ça
dure! Vraiment pas la moindre idée de l'origine de la panne. Pourvu
que le moteur ne s'arrête pas à nouveau, car on est nettement
plus bas... -"Lyon Approche d'Alpha Tango" -"Lyon Approche, Alpha Tango,
où en êtes-vous?" -"Alpha Tango, le moteur est reparti, aérodrome
de dégagement le plus proche s'il vous plaît" -"Mâcon,
piste en dur très longue au 130° à 12 nautiques, vous
pouvez y arriver?" -"Alpha Tango, on aimerait bien ! Il nous faut 4 minutes.
Pouvons-nous garder l'altitude ?" -"Alpha Tango autorisé. Mâcon
au 130° à 12 nautiques"
Alpha Tango arrivera-t-il à
Mâcon ?
Septième épisode : "La remise
des gaz était interdite..."
Stabilisé au niveau 50 après
une chute rapide (vous aurez plus de détails techniques dans le
dernier épisode intitulé "Valeur éducative de ce week-end"),
le contrôle de Lyon m'autorise à procéder à
cette altitude. Bien que nous soyons en VFR et également à
un mauvais niveau IFR (40 ou 60 avec ce cap), je demande à rester
à ce niveau car le moteur tourne après une panne dont je
ne cerne pas la cause. Le moteur tourne, certes, mais peut-être pour
quelques secondes uniquement puisqu'il s'est étouffé à
trois reprises dont l'une totale. Tout ce que j'ai compris, c'est qu'il
s'est arrêté à "plein riche-plein gaz". Cela sous-entend
également qu'une remise des gaz est impossible... :o((Aussi, je
ne veux ni monter, ni descendre, ni toucher à quoi que ce soit dans
mes réglages machine. J'avais 4 minutes pour me retrouver verticale
Mâcon et là seulement je réduirai, sortirai le train
à 5.000 pieds pour avoir le temps au cas où l'électricité
parte en vadrouille et la manivelle de train se coince... Comme ce matin
! :o((
Heureusement, Lyon Approche était
aux petits soins pour moi. Le silence radio demandé et leur façon
de me parler pour me demander confirmation de la panne moteur est encore
dans ma tête. J'ai ressenti leur angoisse et leur impuissance devant
ma détresse. Ma voix devait trahir la situation telle que je la
vivais. Après m'avoir donné le cap, la distance et l'autorisation
de me trouver à une altitude totalement prohibée, ils m'encouragent
et me suivent hors de leur zone. Ils me suivront ainsi jusqu'en courte
finale où la radio ne passera plus en me demandant de les joindre
au téléphone dès que possible. Arrivé verticale
terrain à 5.000 pieds, je décide de me mettre en descente
en une immense PTO de 10 km de diamètre environ de façon
à ne jamais perdre le terrain de vue à inclinaison faible
et constante. Le très faible plan me permet aussi de resserrer le
virage au cas d'un nouvel arrêt moteur. Le beau pur-sang bien polishé
tenant plus du fer à repasser que du planeur de compétition,
je pourrais alors plonger vers le terrain si nécessaire. "Alpha
Tango, nous vous recevons mal, téléphonez nous dès
que possible, bonne chance"
La remise des gaz était impossible...
Huitième épisode : "Jamais
deux sans trois!"
Depuis 10 heures ce matin, je crois
que je n'ai guère été gâté. Il n'est
que 17 heures environ, mais, en dehors du fromage blanc d'Auxerre, rien
n'a été vraiment bon pour moi! Panne électrique totale,
manivelle de train complètement bloquée, panne moteur. Il
y a des jours comme ça où l'on devrait faire de la randonnée
dans la Brie pour limiter les risques. :o))Maintenant, j'arrive en finale,
dans une zone habitée, avec des secours rapides si nécessaires
et au pire, on se crashe mollement en bout de piste si je rate l'atterrissage.
C'est presque l'euphorie par rapport à la situation vécue
5 minutes auparavant. Un crash sur un terrain tout plat, sans arbres, ce
serait la joie ! Comme à Auxerre et pour ce deuxième déroutement
en quelques heures, finale précautionneuse. Mais cette fois-ci non
par crainte de voir le TRAIN s'effacer, mais par crainte de voir la PISTE
s'effacer. Si je dois remettre les gaz le moteur s'étouffe comme
il y a quelques minutes. J'ignore pourquoi, ne comprends pourquoi, mais
je l'ai vécu et ne tiens pas à recommencer. Alors les paramètres,
je les bichonne, je les titille, je les pinaille pour arriver le moins
vite possible et pile à l'entrée de piste. Je n'ai pas la
possibilité d'une seconde présentation si je suis ou trop
haut, ou à gauche ou à droite de l'axe, ou pire encore trop
bas. Paramètres parfaits = atterrissage parfait, et nous dégageons
avec lenteur vers le parking. J'ouvre la porte passager pour respirer l'air
frais, l'air de la Vie qui entre à pleins poumons. Nous sommes vivants,
sur cette bonne vieille terre. Vivants ! Jusque là très calme,
une loghorrée m'envahit. Même si ma voix m'a trahi lors de
mon annonce avec Lyon approche, j'ai gardé mon sang-froid d'une
façon qui m'étonne maintenant. Le stress effroyable que j'ai
vécu se libère en un instant et j'exulte. Presque fanfaron,
je me présente au club du terrain, excité comme une puce
(à la vue d'un éléphant à grignoter). Est-il
possible de téléphoner à Lyon approche s'il vous plaît
? Puis à mon président dévoué et bien aimé
(Gérard Barrau, toujours zident à cette heure). C'est alors
que je m'effondre totalement pendant l'appel. Assis sur un bureau, faussement
décontracté, je craque nerveusement. J'ai, au sens littéral,
les jambes coupées. Je ne les sens plus du tout. Comme si elles
n'étaient plus là. Dans le même temps, je me mets à
trembler de tout mon corps et me vois contraint de donner le combiné
à un passager. A l'écoute de ces deux appels, les membres
du club de Mâcon nous prennent en main, car ils constatent que tous
quatre, malgré les apparences sommes assez choqués par l'aventure.
Ils nous apprennent que leur président tient un fort bon hôtel
dont le restaurant est renommé. Pour aujourd'hui, assez d'avion,
repas fin bien arrosé de Bourgogne grand cru et sommeil réparateur.
On cherchera à comprendre demain. Soirée merveilleuse avec
une compagne qui sait me faire rire et voit les côtés positifs
de la journée. :o)) Vers 23 heures, harassés, et avec un
taux d'alcoolémie légèrement supérieur à
la norme, nous nous dirigeons vers l'ascenseur pour gagner nos chambres.
Nous y entrons tous quatre (peut-être surchargés par le repas
?) et nous appuyons sur le bouton : "3". Nous franchissons le "level 1"
et il se BLOQUE juste entre le "2" et le "3" ! Le noir se fait. Un fou-rire
extrêmement nerveux nous envahit. Il ne manquerait plus que le feu
à l'hôtel pour terminer la journée et nous serions
bien placés pour y rester. :o(( Jamais deux sans trois...
Après avoir survécu
à la panne électrique totale et à la manivelle de
train bloquée le matin, à la panne de moteur l'après-midi,
vont ils dormir dans l'ascenseur ?...
Neuvième épisode : "TGV-Alpha-Tango-dodo"
Le fou-rire très nerveux fait
suite à une attente plus sage. Il n'y a pas le feu! Enfin, nous
l'espérons, car depuis ce matin... :o(( Au bout de quelques petites
minutes, quelqu'un nous crie que ce n'est rien. Le disjoncteur de l'hôtel
a sauté et cela ne durera guère. Effectivement, la lumière
se fait et le demi étage est franchi. OUF! quelle journée!
Nuit réparatrice avec sommeil de plomb bien mérité.
Le lendemain matin, retour au terrain pour contacter un mécano.
Aucun à Mâcon, mais à Chalon tout proche, un homme
de l'art peut venir par avion très rapidement. A son arrivée,
je lui explique les symptômes. Comme je le pensais, il se dirige
vers les filtres à essence, les démonte et constate qu'ils
sont absolument en parfait état. (je vous facilite les recherches
!). Tête du pilote ! Puis il vérifie plein de choses pendant
une bonne heure (je ne vais tout de même pas dévoiler l'origine
de la panne avant le dernier épisode !). Ne trouve rien d'anormal,
mais rien du tout, et commence un point fixe. Essai moteur de 20 à
25 minutes avec variations de régime. RIEN, moins que rien. Non
rien de rien et je ne regrette rien! Pour lui, tout est en ordre. On peut
repartir sans problème. Sauf que MOI, je sais qu'il y a un bug.
A l'époque, X-files n'existait pas, sinon je suis certain que "l'homme
à la cigarette" aurait été le responsable de la panne.
Il commence à m'expliquer (il est le premier) que j'ai dû
mal régler la mixture en vol et qu'en la réajustant, j'ai
étouffé le moteur. Par politesse, je le laisse à cette
explication. Je sais que cette explication est impossible. Je rêvassais
tranquillement en attendant le message pour entrer dans la zone de Lyon,
évaluée à 2 minutes, quand le premier étouffement
s'était produit. Puis il y en eu un second et enfin le troisième
qui faillit être fatal. Je refuse de voler sur un pur-sang malade,
peut-être à l'article de la mort, et je décide de rentrer
à Paris pour avoir d'autres avis. Je téléphone à
mon président qui accepte mon attitude. Je lui propose de revenir
demain (3ème jour du pont) avec le Cessna 172 F-BXIX. Je mettrai
à pied d'oeuvre un volontaire pour rapatrier l'avion, tandis que
pour ma part je repartirai avec le Cessna. Le volontaire emmènera
Alpha Tango à sa station service pour chercher ce qui a bien pu
se passer. C'est viscéral. J'ai eu trop peur rétrospectivement
pour voler à nouveau sur le Bonanza. Jusqu'au moment où je
me suis assis sur le bureau pour joindre Gérard Barrau au téléphone,
j'ai tenu le coup. Depuis, j'ai craqué. Cet avion a un problème,
un gros problème. Ce n'est pas parce qu'un mécanicien m'affirme
le contraire que je le reprendrai. Nous avons failli mourir tous les quatre
et tant que je ne saurai pas pourquoi, je volerai sur d'autres types de
machines. Nous nous dirigeons donc vers la gare du TGV. Abruti de tension
nerveuse rentrée et de fatigue, je m'endors comme un bébé
dans le train. TGV-Alpha-Tango-dodo.
Dixième épisode : "La vérité
est ailleurs..."
Les turbulences d'aiguillages de
la gare de Lyon me tirent d'un mauvais sommeil où les cauchemars
se succédaient. L'oeil encore mi clos, je ne parviens pas à
comprendre ce qui m'est arrivé la veille au soir au niveau 65. Pour
hier matin, c'est limpide : une batterie qui lâche et une manivelle
qui n'a pas servi depuis longtemps. Mais pour l'après midi, c'est
un réel cauchemar. On a failli aller au tapis et personne ne m'en
donne la raison. Bon sang, pourquoi ce moteur qui s'étouffe sans
le moindre début d'explication rationnelle. Un avion qui sort de
GV en plus ! Et le mécano qui ne trouve rien après une heure
et demie de travail et m'incite à poursuivre mon voyage... De retour
au club, mon bon président (Gérard Barrau, toujours le même
en 98) me réconforte et comprend ma position. Ce n'est pas le cas
de tous les membres dont certains m'accueillent avec un sourire ironique.
Leur idée est déjà faite. J'ai étouffé
le moteur en plein vol en voulant régler la mixture. J'ai fait une
erreur de débutant particulièrement énorme et ils
en rient. J'essaie de leur expliquer que c'est impossible et qu'il y a
eu réellement une panne avec arrêt du moteur et hélice
en moulinet. Peine perdue puisque le mécano de Chalon sur Saône
n'a rien trouvé. Vraiment je suis un mauvais pilote, un très
mauvais pilote, peut-être même dangereux. Qui plus est peureux
et fuyard. Le pilote ayant eu peur devant l'ennemi a déserté
et doit être passé par les armes. Est-ce le cauchemar du TGV
qui continue ou suis-je bien réveillé, dans mon club, parmi
ceux qui étaient encore mes amis au moment du décollage la
veille au matin? Et je rentre chez moi en me demandant effectivement si
ce n'est pas de ma faute. Je finis par me culpabiliser devant tant d'assurance
de personnes expérimentées. Tout compte fait, j'ai peut-être
provoqué la panne. Tout a été si brutal et rapide.
"LA MAIN" a pu avoir des actions non contrôlées AVANT le début
de la chute du fuel flow. J'ai maintenant du mal à me rappeler la
séquence des événements. Tout s'embrouille avec le
recul. Fatigué, miné par le stress de la veille non encore
évacué, je pense au lendemain, troisième et dernier
jour du week-end où l'on verra peut-être la panne se reproduire
lors du vol de retour avec un autre pilote. Je l'espère et j'en
connais la parade : "pompe de secours on".La vérité est ailleurs...
Alpha Tango tombera-t-il en panne en d'autres mains sans raison apparente
au retour ?
Onzième épisode : "India X-ray,
nous avons la même panne."
Arlette me réveille tendrement
le matin du troisième jour de ce week-end relativement mouvementé.
Des yeux bleu comme un ciel de mistral, le cheveu court et châtain
foncé, des jambes interminables, plus longues encore que celles
de Cyd Charisse, elle trouve les mots et les gestes pour apaiser mon angoisse
et calmer mes craintes. Elle sait rire des événements et
chante la vie en bonne méditerranéenne qu'elle est."Il faut
y aller" me sussurre-t-elle à l'oreille (Aller... au terrain bien
entendu, pour ceux qui m'ont demandé la vérité, toute
la vérité). Nous allons donc à l'aéro-club
prendre le Cessna 172 F-BXIX et retourner à Mâcon. Cela me
permettra de mettre le chef pilote à pied d'oeuvre pour le rapatriement
d'Alpha Tango. Je refuse toujours, après mûre réflexion
de voler avec, tant que la panne ne sera pas identifiée. Les membres
du club qui me soupçonnent d'incompétence ou de couardise
ne m'impressionnent pas. C'est ma vie et celle de celle que j'aime qui
sont en jeu, pas la leur. Qu'ils continuent, leurs persiflages d'aéro
club ne me perturbe pas et ne m'influencera pas. Je fais une prévol
aussi rigoureuse que l'avant veille et nous décollons pour une route
similaire. La différence de vitesse est difficile à imaginer.
180 noeuds au niveau 95, comparés au 100 noeuds affichés
maintenant, l'écart est énorme. Quand aux instruments, ils
me semblent réduits à leur plus simple expression. Pourtant,
il y a tout ce qu'il faut pour voyager, mais le tableau de bord me parait
vide et nu. J'ai l'impression qu'on a oublié de les monter. Mon
beau pur sang est plein de trucs partout, et puis on le sent vivre, voler,
fendre l'azur (enfin, sauf lorsque son moteur s'arrête sans raison).
Dans le Cessna, on est bien également puisqu'on est en l'air, mais
il n'a pas la même élégance, la même classe.
Il est bien pataud et ses virages sont mollassons à souhait. Je
l'avais un peu oublié. Je le vois d'un autre oeil maintenant. Sa
vitesse de croisière est celle de l' approche du Bonanza. Avec un
V35 285cv, on maintient 100kt/20"/2500trs jusqu'en vent arrière.
Puis 10° de volet et on tourne en base. Là, 17"/90kts et dernier
virage. En finale cela donne 80kts. On y est presque avec India X ray.
Sauf qu'on est en croisière! Cela veut dire qu'en cas de crash l'impact
serait bien plus lent et mou qu'il ne le serait avec Alpha Tango. " Il
vaut mieux tomber d'un percheron au pas, que d'un pur sang anglo-arabe
au galop..."
On se console comme on peut, mais
après ce qui m'est arrivé, la vitesse, je trouve cela un
peu dépassé en ce moment. Après 1h53 de vol (horomètre),
je me pose. C'est à 22 minutes près le temps de vol qui était
prévu pour Paris-Cannes avec le Bonanza. Mais aujourd'hui, à
cette vitesse là, il n'y a pas grand risque en cas de panne moteur!
:o))
Je dépose le chef pilote et
nous attendons qu'il ait mis en route puis coupé le moteur d'Alpha
Tango pour partir. En effet, vu la lenteur du Cessna, nous avons décidé
que je partirai avec 3/4 d'heure d'avance. De cette façon, nous
pourrons rester en contact tous les deux sur 123.45 durant tout le vol
du Bonanza qui me rattrapera comme une bombe. Si la panne se reproduit,
ou s'il se passe quoique ce soit, je pourrai ainsi faire le relais. Je
décolle donc de Mâcon pour revenir à Lognes. La première
heure, aucun contact sur 123.45, mais ma compagne vaut bien RTL et Europe
1 à elle seule, et le temps passe vite. Brusquement, appel sur la
fréquence. Alpha Tango est en route et me rejoint rapidement. Rien,
mais rien du tout ne se passe. Je ne comprends pas. Il aurait dû
s'arrêter ce moteur, s'étouffer, ratatouiller et il tourne
comme une horloge le bon vieux Continental. Le chef pilote commence lui
aussi à me chambrer gentiment. Nous approchons de Lognes et je m'apprête
à quitter 123.45. Alpha Tango, sur décision de Gérard
Barrau qui m'a écouté malgré des avis contraires,
part sur un terrain voisin pour être inspecté. Alors que je
m'apprête à lui dire au revoir, j'entends : "India X-ray,
nous avons la même panne." Il connaît la réponse : "pompe
de secours on" "OK, on l'a déjà fait et c'est reparti, c'était
juste pour vous le signaler."
Quelle malédiction atteint
Alpha Tango? Trouvera-t-on l'origine de cette panne pour le moins curieuse
et inhabituelle? Faudra-t-il faire appel à Scully et à Mulder.
L'homme à la cigarette est-il en cause?
Douzième épisode : "Tu sais,
Louis, ils ont trouvé!"
Le lundi 1er juin 1987, les mécanos
commencent à chercher l'origine de la panne dès le matin.
Ils vérifient à nouveau les filtres, le circuit d'essence
et le soir arrive sans que la solution ne soit trouvée. Le mardi
2 juin 1987, ils se remettent à l'ouvrage, cherchent, cherchent
encore, et... ne trouvent toujours rien. La situation devient embarrassante
pour moi mais mon président (Gérard Barrau, toujours fidèle
au poste 11 ans après) me fait toujours confiance. Le mercredi 3
juin 1987, un coup de téléphone triomphal de Gérard
qui m'appelle : "Tu sais, Louis, ils ont trouvé".
ET VOUS ?
AVEZ-VOUS TROUVE ?
Treizième épisode : "Valeurs
éducatives de l'aventure"
Lorsque Alain Glaizal m'a envoyé
un mail me suggérant de raconter ce "week end relativement mouvementé",
je n'ai pas hésité car il y a beaucoup de choses à
y apprendre. Je les reprends par thèmes, dans l'ordre qui me semble
d'importance décroissante.1/ VOLER HAUT. Mon instructeur
et ami Ronald Vianney (actuellement chef pilote chez Brit'Air) m'a enseigné
la joie du vol moteur de façon extraordinaire, pratique et sécurisante.
Il demandait de s'efforcer de voler au niveau de vol le plus élevé
possible en fonction de la météo, des performances de l'appareil
et de l'oxygène disponible ou non (pressu sur le C337, lire le 14e
épisode). Les strato cumulus m'interdisant de traverser le niveau
70, je suis donc resté sagement au 65 en attendant d'accrocher le
105 dans la vallée du Rhône ou soufflait un léger mistral
qui nettoyait le ciel, puis temporairement le 125 dans les Alpes de Haute
Provence à cause du relief. Le transit ouest de Lyon se faisait
à l'époque à 1200 ft. Avec la finesse phénoménale
de mon beau pur sang, j'ai chuté de 1500 pieds avant de me rétablir.
Ceci m'a été confirmé lors de mon appel téléphonique
depuis Mâcon par Lyon approche qui nous a vu "tomber" sur leur écran
et a noté le niveau de rétablissement. Si j'avais écouté
mon voisin de droite et voulu lui faire plaisir, nous aurions terminé
le vol à -300 pieds sous terre. Je pense que comme foreuse Alpha
Tango se serait arrêté à un cratère de 1 ou
2 mètres, mais, vu le relief survolé lors de la panne, nos
corps aurait été justes bons pour une figuration bénévole
dans un épisode de X files. Merci Ronald, tu nous as sauvé
la vie.2/ GARDER UN CONTACT RADIO PERMANENT AVEC UN ORGANISME DE
CONTRÔLE. Là encore, Ronald Vianney exigeait cela
avec beaucoup de bon sens. Lors de la panne, vous ne pouvez imaginer le
réconfort d'entendre le silence radio se faire. L'écoute
des contrôleurs et des pilotes sur la fréquence se palpe littéralement.
Non, je n'étais pas seul, et sur son scope, le contrôleur
situerait la zone d'impact, préviendrait les secours, les hélicos,
les avions en vol pour nous localiser. On a le temps de penser à
tout cela pendant que "la main" fouille les entrailles du bolide. Mon transpondeur
alticodeur est toujours en 7000 lors de tous mes vols même Lognes-Nangis.
Entendre et être entendu, voir et être vu, cela intéresse
également les TCAS des avions de ligne qui nous croisent à
l'occasion (1.500ft au-dessus de Lognes ou arrivée foireuse à
Montpellier par entrée d'air maritime). Je n'ai pas eu à
préparer un déroutement dans des conditions psychologiques
dégradées et je n'ai pas eu à me soucier de récupérer
un niveau de vol autorisé. Le contrôleur avait tout calculé
pour moi pendant que je pataugeais dans les ennuis. Les secondes comptent
à ce moment là et le moteur aurait pu lâcher définitivement
avant d'atteindre Mâcon. Il lui a semblé tout naturel de me
dérouter vers la piste appropriée la plus proche. Je l'ai
suivi en n'ayant qu'à surveiller mon fuel flow et la tenue machine.
C'est incomparable de confort et de réconfort dans une situation
extrême. Merci au contrôleur anonyme dont j'aimerai connaître
le nom 11 ans après. (très choqué pendant 48 heures,
comme vous avez pu le lire, je n'ai pas pensé à le rappeler
pour avoir son nom). Merci encore à Ronald Vianney. Son enseignement
a vraiment été salvateur.3/ ALTERNATE AIR.
Dans l'épisode N°6, j'écris "Tout en regardant dehors,
une main aveugle, guidée uniquement par l'habitude et l'entraînement,
palpe "l'alternate air". Réflexe automatique, sans objet ici, mais
je l'ai fait, et je le dis." J'aimerais que le colistier qui m'a écrit
à ce sujet me renvoie son message. Son intervention est capitale
et son texte très clair, mais je l'ai perdu en voulant lui répondre.
On peut givrer avec un moteur à injection et peu le savent. Ce jour
là, l'iso 0° était plus proche de la lune que de la terre
et l'EGT n'a pas bougé d'un cil. Mais j'ai vérifié
en premier cette cause méconnue de panne.4/ INTERROMPRE SON
VOYAGE. Le moteur ronronnait à nouveau et mon voisin de
droite (je ne l'ai pas précisé dans le texte pour alléger)
désirait continuer car lui aussi, on l'attendait à Cannes.
Pour moi, il était impératif de me poser le plus vite possible.
La suite devait me donner raison. Au fait avez vous trouvé l'origine
de la panne ? Il n'y a plus que deux épisodes pour la découvrir
!5/ N'ECOUTER PERSONNE A TERRE, PAS MÊME LE MÉCANO.
Pendant plusieurs jours, j'ai été le plus mauvais pilote
de la terre, celui qui n'ose pas voler quand un mécano donne le
feu vert, celui qui rentre en TGV par un temps de curé. J'ai tenu
bon, je n'ai pas cédé, je ne me suis pas laissé influencer.
Quelque chose clochait dans cet avion. La batterie non changée lors
de la GV, la manivelle de train complètement bloquée le matin
ne m'ont pas empêché de reprendre l'air l'après-midi.
Par contre la panne bizarre et casse gueule devait être résolue
avant que je ne reparte. Mon président m'a écouté
tandis que lui aussi aurait pu être influencé par des membres
du club. Merci à Gérard Barrau à double titre. D'abord
pour m'avoir permis de voler en club sur une machine aussi fabuleuse. Ensuite
pour m'avoir fait confiance quand je lui affirmais envers et contre tous
que la panne était réelle et dangereuse.6/ GARDER LES
PARAMÈTRES. Quand le moteur est reparti, j'étais
plein riche, au 50, avec la pompe électrique de secours on. Appauvrir
aurait été risqué, monter peut-être difficile,
descendre dangereux, arrêter la pompe casse cou. Je me suis dérouté
au 50 avec l'accord du contrôle. Il s'avère que c'était
la meilleure solution. Cette fois, vous êtes sur la piste, non?Et
bien NON, vous ne trouverez pas, j'en suis sûr! (sadique le mec :o)
)
Quatorzième épisode : "Épilogue."
Mon beau pur sang si bien polishé,
mon beau petit chasseur, ma merveille mécanique et aérodynamique
s'est couché sur le ventre un beau jour. Presque au ralenti, il
est venu s'étendre sur cette surface lisse et douce que l'on ne
pouvait apprécier qu'en vol, train rentré. Par caprice, avec
moi, Alpha Tango n'avait pas voulu sortir son train et déjà
désiré se poser sur le ventre. Il faut dire que c'est une
pure merveille lors d'un passage bas que de voir ses lignes si pures et
élancées sans ces appendices inesthétiques. Quand
on voit un gros T6 avec une longue verrue sur le dos, un bruit de moissonneuse
batteuse de première génération, une lenteur d'escargot
suisse atteint de dégénérescence nerveuse, on n'en
admire que plus le look indémodable, la vitesse et le feulement
du Continental du Bonanza. Après son accident, il fallait changer
la tripale, le moteur, et une chirurgie de l'abdomen s'imposait. Un coût
de 300.000F. Pour un club, la facture était trop élevée.
Il fut revendu à Monsieur X sur l'aérodrome de Pontoise où
il fut entreposé. Avec l'aide de sa femme et de son adorable fille,
ils passèrent des dizaines d'heures à le décaper pour
lui donner une nouvelle vie. Les mains brûlées par les produits
chimiques (j'ai pu le constater), la famille essayait de sauver le bel
animal. Le temps passa. Monsieur X acheta un Bonanza A36 basé à
Carcassone et eut besoin d'un train principal. Il greffa les belles jambes
capricieuses d'Alpha Tango sur le A36. Par la suite, un autre Bonanza,
basé à Lognes, eut également besoin d'une greffe.
Alpha Tango fut vendu aux trois copropriétaires qui avaient besoin
de l'aile droite. La greffe réussit parfaitement. Seule désormais
reste la cellule, magnifiquement décapée, entre mon club
(A.I.G.L.E.) et celui des "Goélands", en entrant à droite
dans la darse B, entre les 1er et 2ème hangars. Il n'est pas de
mois sans que j'aille caresser sa cellule.Quant à moi, choqué
par cette aventure, je m'arrêtais de piloter mi-août 1987.
Le moral n'y était plus. La crainte d'une panne m'inquiétait
en permanence. La joie de voler faisait place à une anxiété
latente. Il valait mieux arrêter tout. On vole par plaisir, pas par
devoir. Sans ma merveilleuse compagne, je ne volerais probablement plus.
En effet, pour mon anniversaire, en juin 1988, environ un an après
ce week-end mémorable, elle me fit le plus extraordinaire cadeau
dont un pilote puisse rêver. Son raisonnement était que j'arrêtais
de piloter par peur d'une panne moteur. Il suffisait donc de m'offrir la
qualification sur le push-pull (Cessna 337 pressurisé 2 fois 235
cv) d'un ami pour que je vole à nouveau. DEUX moteurs, autonomie
de 10h54 minutes à 65 % de la puissance, Vno de 190mph, niveau de
vol 195 maxi en VFR pour un 200 conseillé, le genre de cadeau qui
ne se refuse pas. Vraiment, le cadeau fabuleux que je souhaite à
tous... Merci chérie pour ta patience, ton humour et ta gentillesse.
DEMAIN, LE DERNIER ÉPISODE
: "Trop polishé pour être honnête!"
Notre reporter était là
il a tout vu , tout photographié , la prochaine fois L'ami louis
fera faire sa GV dans un établissement Agréé !!
Quinzième épisode : "Trop
polishé pour être honnête!"
Voici le dernier épisode où
je donne uniquement les explications des pannes subies le 28 mai 1987,
jour de l'Ascension (cela ne s'invente pas!) et les résultats du
quizz.1/ PANNE ÉLECTRIQUE TOTALE.La batterie avait déjà
donné des signes de faiblesse avant la GV. Il était convenu
de la changer, mais cela n'a pas été fait. Elle a claqué
en vol, me privant de toutes les aides électriques : radio, radio-nav,
transpondeur, train, volets...2/ TRAIN BLOQUE RENTRE.Lors de l'instruction,
nous faisions semblant de tourner les 50 tours dans le sens inverse des
aiguilles d'une montre. La manivelle n'ayant pas fonctionné depuis
fort longtemps n'a pas été vérifiée lors de
la GV. Je ne sais pas si cela aurait du être fait. Ce qu'il est IMPORTANT
de retenir, et que j'ignorais, c'est que le mécanisme est à
vis sans fin. Tourner dans le sens des aiguilles d'une montre ne pouvait
donc rien m'apporter. Par contre, c'est en forçant dans le mauvais
sens que ça c'est décoincé. Lorsque j'ai repris en
main le Cutlass récemment (que je n'avais pas piloté depuis
1981), j'ai effectué la sortie complète du train... en exercice
manuel !3/ PANNE MOTEUR.Les bouchons des réservoirs du Bonanza
sont magnifiques, affleurant l'aile pour que l'aérodynamique soit
parfaite. Face interne, le joint d'étanchéité est
réalisé en CUIR. Lors de la GV, les mécanos s'aperçurent
qu'il y avait du jeu car le cuir avait trop vieilli. Ils le changèrent
et le bouchon serrait à force du fait du cuir neuf. Désormais,
l'air ne pouvait plus rentrer par là, ce qui est normal. L'avion
avait été polishé de façon merveilleuse, avec
un POLISH TRANSPARENT ! Rappelez vous le deuxième épisode
: "Sortant de GV, Alpha Tango était étincelant, luisant,
(comme le ver du même nom) car il avait été polishé
par la même occasion." Hélas, ce splendide travail a eu l'inconvénient
de boucher les mises à l'air libre des réservoirs, et ce,
de façon invisible, car le film de polish était transparent.
Rappelez vous le deuxième épisode : "Les pleins effectués,
le décollage fut de routine." Pleins au départ, les réservoirs
se vidèrent peu à peu lors du vol, créant une dépression.
Le matin, le vol ne fut pas assez long pour que le phénomène
apparaisse. Dieu soit loué, car j'avais déjà une bonne
charge d'ennuis à gérer ! L'après-midi, la première
alerte fut donc causée par le début de manque d'essence dans
le moteur par effet de vide dans la partie supérieure du réservoir.
Rappelez vous : épisode N°5 : "A peine le contact terminé,
le moteur "ratatouille" 1 à 2 secondes." Puis, rapidement, après
quelques soubresauts, la dépression devint telle dans le réservoir
que l'essence n'arriva plus du tout : "Lyon approche, Alpha Tango, panne
moteur"4/ PANNE D'ASCENSEUR DE L'HÔTEL.Depuis quelques jours,
la panne se reproduisait régulièrement, mais personne ne
nous a prévenu. Du fait d'une surcharge de consommation de l'établissement,
le disjoncteur général sautait tous les jours. Nous étions
là à la mauvaise heure et au mauvais moment. "Bad place at
bad time!"P.S. Le 15 août 1988, 14 mois plus tard, j'avais réservé
le "push-pull" Cessna 337 pressurisé 2 fois 235 cv de mon ami pour
descendre de nouveau à Cannes.Lorsque j'arrivais au terrain et m'étonnais
de ne pas le voir devant le hangar (il dormait dehors), on me dit qu'il
était sur la piste. Peu curieux, j'attendais quelques minutes qu'il
arrive. Comme il n'arrivait pas, je demande à la personne : "Mais
qu'est-ce qu'il fait?" Je ne ferais pas un nouvel épisode ou une
question générale pour obtenir la réponse.
La réponse fut : "Il est posé
sur le ventre et attend les secours!"
Une fois encore, nous n'irions pas
à Cannes
FIN
Copyright Louis Bonnaud Delamare
Le 23 octobre 1998