Premier vol historique sur Maurice
Voilà c’est fait ! L’aéroclub du Sud Adam de Villiers a organisé pour la première fois de son histoire un vol sur l’île Maurice. Beaucoup diront que ce vol n’a rien d’exceptionnel, uUn voyage en avion monomoteur d’un peu plus de 200 km cela se fait tous les jours et dans le monde entier.
 Certes, cela est vrai mais ce voyage est exceptionnel à plus d’un titre.
Premièrement, nos amis mauriciens n’acceptent que très rarement la venue de monomoteurs chez eux qui plus est, en VFR quand on sait que Maurice connaît un assez gros trafic IFR dû au développement touristique de l’île. C’est déjà là un premier exploit. Deuxièmement, beaucoup des pilotes qui ont participé à ce "raid" ont, pour la première fois, quitté l’île en pilotant leur propre avion.
Troisièmement, la traversée d’un océan n’est pas donnée à tout le monde quand on connaît la réglementation aérienne à ce sujet et les difficultés que cela occasionne.
Et, pour finir, organiser la venue des 4 avions du club, plus celui du club voisin des Mascareignes n’est pas une mince affaire. Il est vrai que nous sommes habitués à nous installer à bord de Jumbo jet sans nous soucier forcément du travail effectué en amont avant que celui-ci ne décolle, mais, même si il n’y a pas de commune mesure, l’affaire n’est pas simple (plus d’un mois et demi de préparation).
Venons en au voyage !

 

Samedi 10 juin 05:45 zoulou 

"Oscar Roméo, vous êtes autorisé au décollage piste 14 QNH 1021 le vent est faible dans l’axe.  Votre plan de vol est activé rappelé contact établi avec Gillot sur 119.4 Mhz !"
 
Et voilà, l’aventure commence, le premier des avions de l’aéroclub du sud Adam de Villiers, le Cessna 152 biplace s’envole direction Plaisance. A son bord, le pilote Alain Cornil (secrétaire de notre association quand il ne pilote pas et voltigeur!) et Vincent Bouget instructeur au club. Il sera suivi par le PA 28 de l’aéroclub des Mascareignes piloté par Albert Derolez.
Notre 172 SP tout neuf quant à lui n’est pas à sa première traversée. En effet, après avoir traversé l’Atlantique, l’Afrique  et s’être rendu par deux fois à Madagascar, ce sera pour lui qu’un saut de puce. Mais à son bord, notre trésorière, Lucette Narassiguin est toute émue de pouvoir participer à cette aventure. L’avion est piloté par Pierre Nas et comme passager Bernard Piegts (trésorier adjoint et grand voyageur !)
Notre bon vieux 172 N quant à lui est prêt. A son bord, Philippe Kissel (pilote), Farid Issee et Patrick Norture tous deux pilotes au club.
Le dernier à prendre l’air sera notre 182 F-BVRX piloté par notre secrétaire adjoint Denis Rousseaux et François Genlinso (président en place droite). Comme passager, le vice-président et Gérard Guérin (pilote au club).

Le temps est magnifique. Quelques cumulus ici et là et un vent de 10 à 15 kt au niveau demandé. Et tout ce beau monde laisse La Réunion derrière eux, espacé de 10 minutes établi au niveau 95 (9500 ft calage standard). Nous avons réussi à avoir une route directe, alors nous laissons le volcan sur notre gauche et nous nous mettons sur le radial 086° du VOR de FMEP ou PRF pour les puristes.

"Gillot approche de F-BVRX, nous passons PASAR stable au niveau 95 opérations normales."
"F-RX contacter Plaisance approche sur 119.1 rappelez contact établi."
"Plaisance approche de F-BVRX sur 119.1 bonjour."
"F-BVRX laisance approche bonjour Monsieur
 !
"



Ça y est ! Nous venons de passer la FIR, nous sommes en contact avec Plaisance. Le rêve est entrain de se réaliser et nous sommes tous fiers de faire partie des « pionniers ». Le contact avec Maurice se fait pour tous les avions d’une façon la plus cordiale possible et avec le plus grand des sérieux. Nous distinguons encore le volcan et le piton des neiges derrière nous, j’essaie de voir Maurice à la jumelle mais rien. Il est vrai que l’île Maurice plus ancienne que la Réunion n’a plus de sommets culminants à plus de 3000 m comme notre île, mais j’espérais voir ses lagons d'émeraudes au loin. Mais aucun problème, nous sommes stables, établis sur le radial "opérations normales".

"
Oscar Roméo rappelez travers le Morne stable à 3500 ft."

Ça y est les copains devant sont entrain de descendre, ils ont l’île en vue et longent les côtes mauriciennes. Je l'avoue maintenant, une certaine fierté doublée d'un soulagement me prennent. Le premier avion va bientôt atterrir ! Les autres vont suivre ! 

"F-RX vous êtes autorisé à l'atterrissage."



Denis pose notre Cessna 182 comme une fleur sur la piste de Plaisance, je distingue sur le tarmac un A340 d'Air Mauritius et un triple 7 d' Emirates.
Nous sommes "parqués" près des pompiers (ça rassure !) et nous sommes attendus. Et là chapeau les mauriciens pour votre accueil. FORMIDABLE.
Nos formalités sont facilités par AML (l'ADP local) et nous voilà tous dans le bus. Tous, non ! Le président et le vice président tiennent à remercier l'aviation civile mauricienne pour leur souplesse et leur gentillesse mais aussi et surtout pour préparer les décollages du lendemain afin de gêner le moins possible la circulation aérienne. Ils se rendent donc aux bureaux près de la tour et négocient avec l’adjoint à la circulation aérienne un départ échelonné entre deux départs IFR.
Pendant ce temps les autres pilotes prennent la direction de l'hôtel. En sortant, nos deux compères se retrouvent "plantés" là. Après marchandage sur le prix du taxi, nous rejoignons nos compagnons.
Après un déjeuner simple et rapide, certains décident de se balader, d'autres de discuter avions et deux décident d'aller faire un peu de dériveur. (eh eh sportifs dans l'âme le président et le vice-président, ils ne se lâchent plus ! Ça finit à la baille pour le président.
"Attends je prends de la vitesse je fais demi-tour et je reviens te chercher !" Je suis rentré à la nage !!



Tout le monde se retrouve le soir au bar (bien sûr !) et là, la pression retombée (sauf celle de la bière), nous nous laissons aller aux blagues habituelles et aux photos pour immortaliser cet événement etj'insiste, exceptionnel. Claude Senescat (propriétaire du B58 et Fred Germain (propriétaire du PA 23) tous deux bimoteurs nous ont rejoint. Iceman se fait chambrer et tout le monde en prend pour son grade. Et nous portons un toast à notre voyage, sans oublier Pierre Hoarau (co-fondateur de l'aéroclub du sud Adam de Villiers) à qui nous devons d'être là. Mais nous pensons à demain, au retour. Vincent Bouget prend compte de la météo sur Internet et ce n'est pas joli. Nous verrons ça demain rendez-vous est donné à 9h00 locales pour Plaisance. En attendant nous profitons de notre soirée mauricienne, buffet à volonté (il va nous falloir revoir avec sérieux le devis de masse et le centrage) et pour finir spectacle de danse indienne où nous remarquerons beaucoup de connaisseurs entourant les danseuses !


DIMANCHE 11 JUIN.

Tout le monde se retrouve autour d'un petit déjeuner plus que copieux, cela va nous aider. Nous réglons nos chambres et direction le minibus pour plaisance. Mais voilà, comme tout pilote qui se respecte avant un vol, nous regardons le ciel et de ce côté là ce n'est pas fameux. Un front passe et le plafond s'abaisse. Nous l'estimons à 3000 ft à l'hôtel les choses se gâteront plus tard.

Nous arrivons à l'aéroport, déposons nos plans de vol, un peu de duty-free et nous voilà amenés à nos avions par les gars d'AML. Le temps empire, nous n'avons plus que 1800 ft de plafond et voilà que la pluie s'en mêle. Nous reprenons la météo avec les spécialistes qui sont juste à côté des pompiers. Ceux-ci pour nous faire patienter, nous emmènent derrière la caserne et là, surprise, un Cessna 206 oublié par un sud-africain il y a plus d'un an (cf.photos) Le tableau de bord ressemble comme une goutte d'eau à notre 182 ! La peinture est très "écolo" les pompiers nous demandent si ça vaudrait le coup de le racheter. Nous restons perplexes.
Les pilotes du Baron et de l'Aztec nous rejoignent. Comme nous la météo les inquiète.

Le temps passe, certains s'occupent à fignoler leur navigation, d'autres regardent les avions se poser. Nous assistons à l'atterrissage d'un A340 d'Air Mauritius un grand coucou et appel de phares d'atterrissage. Nous jouons les "spotters". Apparemment les liners n'ont pas oublié qu'eux aussi ils ont commencé sur des "tagazous" comme les nôtres. "Bonjour Messieurs". La pluie continue à tomber par intermittence mais les blagues fusent et le moral contrairement au temps, reste au beau fixe.

Au loin, une "fenêtre de ciel bleu" se dessine. Une certaine émulation nous reprend. Nous allons profiter de cette fenêtre salvatrice. Car, il n'est pas question pour nous de faire demi tour. Certains d'entre nous faute d'Avgas suffisant dans leurs avions ne peuvent pas se permettre de revenir sinon il faudra encore patienter plusieurs jours pour récupérer le précieux liquide inexistant à Maurice car malheureusement exempt d'aéroclub. Notre venue serait-elle les prémices d'un futur bienveillant de l'aviation générale dans l'île sœur ? Ce serait formidable, car nous entrevoyons des échanges plus nombreux et si c'était le cas…

Au loin, un avion phares allumé se présente en finale. Aile haute, vitesse d'approche assez lente de loin on dirait un Galaxy ! Non, un 747 mais bizarre des ailes hautes. En courte nous reconnaissons l'aéronef, un Antonov 124-100. Et nous voilà à rejouer les spotters. Les pilotes de l'Antonov (double train avant et 20 roues sur le train principal quand même) nous salue par un appel de phares, nous leur répondons tous par un lever de bras et des signes que tous les pilotes connaissent.


Mais notre fenêtre est toujours là et semble se refermer. Allez on y va ! Le PA 23 piloté par Philippe Baliste (pilote instructeur au club des Mascareignes et qualif. 737 en poche tout de même!) suivi par le Baron (piloté par Olivier Paquet (futur instructeur et membre de l'aéroclub du Sud Adam de Villiers). Le PA 28, suivra puis le 172 SP piloté par Lucette Narassiguin, le 152 piloté par Farid Issee accompagné de Vincent Bouget, puis le 182 et le bal se termine par l'envol du 172N piloté par Patrick Norture.

Par endroits nous devons nous frayer un chemin car les nuages tels des montagnes nous empêchent de prendre la ligne droite. Nous restons à 2000 ft QNH jusqu'à Souillac et enfin le grand bleu devant nous. Reprise de la montée jusqu'au niveau 85. Et là nous reprenons les couleurs du temps. Beau fixe ! Certains choisiront la route par SOBAT et verticale SDG puis Pierrefonds, d'autres choisiront la route directe via PASAR et Pierrefonds.


"F-RX nous sommes stables niveau 85 passons PASAR."
"F-RX contactez Gillot approche sur 119,4 Mhz."
"RX contact établi avec Gillot merci messieurs pour votre accueil et votre gentillesse."
"Au revoir monsieur bon vol."

Et nous voilà repassés dans la FIR de la Réunion ! Nous rentrons chez nous. La météo est clémente. Juste les nuages habituels accrochés au relief de notre caillou où la majorité d'entre nous ont appris à piloter. Nous reconnaissons aisément depuis un moment maintenant les cimes du Piton des neiges (+de 10 000 ft), du Grand Bénard et bien sûr notre volcan mondialement connu pour ses colères passagères mais tranquilles, le Piton de la Fournaise.

Nous entamons notre descente vers Pierrefonds et les uns après les autres atterrissons à  notre "port d'attache".

Le Juliet Zoulou sera le dernier à se poser et là un grand soulagement m'envahit. Posé pas cassé tout le monde rentré !

Les formalités de police et de douanes effectuées, nous regagnons notre aéroclub où nous attendent nos familles soulagées.

Une dernière photo de groupe, celle-là je pense que nous la garderons à une place de choix dans notre album. Car, pour la première fois de son histoire, les avions de l'aéroclub du Sud Adam de Villiers ont effectué ensemble une traversée transocéanique.

Madame Adam de Villiers est présente à notre arrivée, nous sentons une émotion certaine dans ses paroles et une grande satisfaction de voir le travail de son mari se perpétuer.
Merci Monsieur Emilien Adam de Villiers, grâce à vous nous avons pu réaliser ce rêve.

Nous regagnons nos foyers respectifs, la tête pleine de souvenirs et d'expériences nouvelles.

Je tiens à remercier toutes les personnes qui de loin ou de près ont permis la réalisation de ce raid et félicite chaleureusement tous les équipages pour leur sérieux et leur professionnalisme. Tout s'est très bien passé grâce à vous.
Merci Mesdames et Messieurs.

Au fait, je ne vous ai pas dit, les Mauriciens nous attendent à nouveau à Maurice. Alors à quand la prochaine traversée ? Très bientôt, je pense et pourquoi ne pas aller avec nos amis de l'aéroclub Roland Garros de Saint-Denis ? Ou alors renouveler l’opération ? On y travaille !

François Genlinso
Président de l'aéroclub du Sud Adam de Villiers.
 

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Salut à tous,

Juste pour le plaisir, cette image d'un Antonov 124-100 prise aujourd'hui sur le tarmac de Plaisance (Maurice) juste après son atterrissage, alors que les pilotes de l'aéroclub du sud attendaient une éclaircie météo pour repartir sur Pierrefonds, d'où ils étaient venus la veille.
Devant nos saluts amicaux, le pilote nous répondait d'un appel de phares fort sympathique.Ce voyage était une première pour nous, vu que l'aviation générale en monomoteur n'existe pas à Maurice, et que tout voyage doit nécessiter bon nombre d'autorisations spéciales.
Excellent accueil de la part de nos amis de l'île soeur, malgré les arrivées à la file indienne de 2 bimoteurs, un Piper Archer et 4 Cessna, qui
affolaient un peu le contrôle, peu habitué à des immatriculations en lettres et à des vitesses aussi faibles.
Étonnement non dissimulé du marshaller (placeur) devant notre Cessna 152, ne pouvant croire que ce « petit moustique » avait fait la traversée de La
Réunion à Plaisance (en 1:20 !).

Cordialement

Denis Rousseaux

Bonjour à tous,
La photo date d'hier, de F-GBJZ retour de Maurice. Pour ceux qui n'ont pas la chance de connaitre, c'est la Fournaise devant, le piton des neiges au fond (3069 mètres)
Bons vols à tous
Philippe pilote voyageur comblé

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