21:30 La journée démarre.
J'arrive à l'avion après avoir dit
bonjour aux copains. Ca commence par le "dispatch", un centre de communication
qui est en contact avec tous nos avions. C'est sympa de voir un écran
où ils ont tous nos avions dans le monde. Cliquez sur l'avion et
vous avez le numéro de vol, vitesse et altitude, ainsi que l'ETA
à destination.
Et ce programme vous permet de le faire avec n'importe
quelle autre compagnie dans le monde, on peut donc surveiller les trajectoires
de JD maintenant..:-)
En bas, c'est la salle météo. On
y passe puisque la réglementation nous le demande... Mais en fait
en Californie, on s'en fout un peu, puisqu'il fait beau plus de 300 jours
par an... La plaisanterie est de dire que même s’il ne fait pas beau,
on y va quand même, parce qu'il faut que ça passe... Comme
quoi tous les chefs-pilotes doivent être comme Didier Daurat. A l'avion,
on le charge déjà : proche de 2 tonnes de sacs remplis de
paperasse à l'intérieur, concernant diverses banques. On
a pas ça en France, mais ici, on transporte les chèques en
bois par exemple, toutes les nuits.
A l'intérieur du hangar, on ne chôme
guère.
Exemple, ce Chieftain en révision. on en
a 45 autres. Un atelier de maintenance qui bosse H24, qui a pour $ 7 millions
de pièces. Des moteurs, turbines, pneus et j'en passe...
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22:00 Le décollage.
Il n'y a pas assez de lumière pour l'appareil
photo aligné sur la piste.
Tans pis. Il faut imaginer un appareil qui fait
une rotation vers les 110 kt, et ce en 800 m de piste.
Donc oui ça pousse, mais le plus beau, c'est
l'arrachement de la planète. Il n'y a plus ce frottement pénible
des pneus. Au contraire, l'avion glisse maintenant, et c'est toujours un
plaisir. Suivi d'un petit frisson aux moment où les jambes de train
rentrent dans le fuselage.
C'est peut-être ça le plus beau moment
d'un vol : le début...
Et puis l'avion accélère en montée,
alors bien sûr, c'est encore mieux. Pour un peu, on se croirait en
Cap 232...
22:20 La croisière.
Le cap sur Oakland, de l'autre côté
de la baie, en face de San Francisco.
C'est la distance d'un Paris Toulouse à
30 NM près. Même avec toutes les lumières allumées,
toujours pas de photos de cockpit !
Pas besoin de toute manière, c'est vieux:
Un HSI, deux horizons et le reste, c'est le même équipement
que votre DR 400.
1 heure à se prendre pour St-Ex, à
regarder la lune jouer avec les nuages, à écouter la radio
qui se fait de plus en plus silencieuse. Vol de nuit, je vous ai déjà
raconté, mais quand il y'a la pleine lune, vous pouvez voir le sol
et même distinguer les reliefs, les plantations etc.
23:00 La descente.
A fond les manettes et c'est 250 kt, d'ailleurs
la limite en dessous de 10 000 ft.
Comme ceux qui savent disent que les Metroliners
sont aussi lourds aux ailerons qu'un 737, même que je peux me prendre
dans un jet, en attendant de passer la QT !
Le pied, c'est la turbine: pas besoin de gentiment
réduire la puissance comme sur un piston turbo (je pense notamment
au Navajo, hein Jacques ?) et puis surtout, c'est cargo ! A l'arrière,
personne ne s'est encore plaint qu'il fait froid, ou chaud, ou que ça
turbule, ou de mes plus de trente degrés d'inclinaison !
Bref, 250 kt jusqu'à environ 6-7 NM du terrain
(hé après tous y'a personne à cette heure !)
Puis réduction pour les 200 kt dans la classe
D, puis finalement sortie des volets puis le train.
Tout ça de 7 à 3 NM !
Faut pas chômer, mais c'est jouissif.
23:10 Arrêt des moteurs après 1h25
de vol.
Bonjour aux copains sur notre base d'Oakland. 1/2
heure avant de repartir dans l'autre sens.
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23:45 Re-départ, mais cette fois dans
l'autre sens.
Cette fois c'est sûr, on n’entend plus que
les avions cargo à la radio.
Le vol retour est classique, quand je vous dis
que c'est routine la ligne !
Sur ce trajet-là, le plus beau c'est de voir
les lumières de Los Angeles étalées là sous
vos pieds. 110 km sur 80.
Ca scintille, ça brille. Un peu moins là-bas,
parce qu' arrive déjà un brouillard côtier... Mais
sinon, la ville est à vous.
A part nos avions de compagnie, il n'y a personne.
RE-descente, en faisant attention aux montagnes
qui ceinturent la ville au nord. Le mont Baldy fait quand même dans
les 9500 pieds, ça commence donc à faire.
Mais c'est facile : si vous continuez à
voir la ville derrière la face noire en face de vous, c'est bon.
Quand cette forme noire commence à monter
et vous cache la ville pour entourer tout le cockpit, alors là,
c'est plus bon !
01:10. Arrêt des moteurs.
1:30 de réserve ensuite, ou si je ne vole
pas, je vais... lire vos messages sur un ordinateur de la boîte !
Ben tiens, il est maintenant presque 11 h
du mat en France, la liste est déjà réveillée,
qu'est-ce-que vous pensez ?
Et là, surprise...UPS vient d'appeler et
a un 757 en panne. Résultat, ils ont besoin de mon tagazou pour
aller à Reno pour prendre le reste qu'ils n'ont pas pu mettre dans
les autres avions.
Rassure-toi Anne-Céline, DHL est aussi un
de nos clients !
Encore que de toute manière, je comprends
que la partie US soit différente de DHL Europe, mais bon...:-)
02:00 Départ pour Ontario, CA où
se trouve la base ouest d'UPS.
20 mn de vol.
Je rentre le train, je le sors... J'aurais peut-être
dû le laisser sorti !
Temps de vol depuis décollage et atterro
: 10 mn à peine !
02:30 L'attente.
Bien connue des pilotes cargo.
UPS, c'est souvent "hurry up and wait".
Alors j'attends et refais une photo de l'avion
sur leur immense parking.
C'est un long tube, non ?
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3:00 du mat’
Enfin ils arrivent, alors que je me suis endormi
sur mon sac de vol.
Ben oui je peux pas dormir sur l'épaule
du copi, on est tout seul dans l'avion ! On a des copis parfois, souvent
des Hollandais qui viennent se payer des heures de vol et ensuite retournent
chez eux... pour entrer directement à KLM... Les veinards.
3:30 Décollage.
Je décolle VFR, puisque c'est autorisé
en transport cargo. A cette heure-ci, j'ai pas forcément envie de
suivre des aiguilles pour ce trajet long comme un Paris-Valence.
Donc le cap 325 et on attend que les lumières
de Reno arrivent. Comme c'est dans le trou noir du désert ça
devrait être facile.
Rien à photographier, puisque je suis au-dessus
de la Sierra Nevada et qu'il fait plus noir encore que le trou d'un...
oui enfin bon il fait noir comme un four...
Les lumières arrivent en effet, comme prévu
par des recoupements VOR sur les côtés.
Là il faut chouffer aussi, parce que c'est
entouré de montagnes, et que de descendre là-dessus, c'est
plus sport.
Le mieux est de se mettre sur une route IFR et
d'intercepter le LOC.
D'ailleurs le contrôleur s'en fout, il roupille
avec la radio derrière, ça s'entend à chaque fois
qu'il me parle.
5:30 Arrêt des moteurs.
Et comme le soleil va pas tarder à se lever,
ça va être mortel au niveau fatigue.
JD vous le confirmera sans doute, c'est plus facile
de voler longtemps, mais finir encore dans la nuit, plutôt que de
commencer la nuit et finir en plein jour.
Bref, je file dans le "pilot lounge" d’UPS et vais
piquer un roupillon paisible. La boîte n'a pas besoin de l'avion,
je rentre donc quand je veux !
Ah l'Amérique !
8:30 C'est reparti pour un tour !
Il fait jour maintenant, et ca fait tout drôle
pour un pilote cargo.
D'habitude on évite le soleil, comme les
vampires.
Re-VFR avec des contrôleurs qui vont me suivrent
au radar comme si j'étais un IFR.
Là ça va être sympa aussi.
Je vais de nouveau longer la Sierra Nevada. Imaginez
une chaîne de montagne longue de 700 km.
En fait, c'est plus que ça, mais Reno-maison,
c'est à peu près ça.
Je fais deux photos: une de la chaîne, et
une autre... Ben, en vol de pente tiens ! Peut-être que je pourrais
prendre le DG505 du club et refaire un passage sur la paroi ce week-end.
En attendant, faites du vol de pente à 260
kt, c'est génial, et je remercie encore les dieux de me laisser
faire du Metro à vide !
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10:00 Finie la journée !
12 heures de boulot, 7 heures de vol.
Et demain on recommence ! ou plutôt ce soir,
puisque je serai de nouveau en uniforme dans... arrghhh... moins de 12
heures !
Comme quoi la ligne, c'est leur donner votre âme.
Ca laisse plus beaucoup de temps pour votre époux (se)et peut-être
encore moins pour voler en club.
Mais quand on aime, on ne compte pas !
Richard
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